Chronique de l'automne 2004.

(l'automne des cataclysmes : cyclones des Antilles, séisme au Japon, réélection de George W. Bush en Amérique du Nord)

 

7 novembre 2004 L'Europe forte de François Hollande.  

Chroniqueur - Monsieur Hollande, ne pensez-vous pas que l'Europe sera d'autant plus forte que sa constitution sera votée plus largement ? Ne peut-on pas amender la constitution au lieu de la faire ratifier à marche forcée ?

Francois Hollande - Un referendum est prévu qui permettre aux Français de s'exprimer. J'espère qu'ils ratifieront la constitution à une large majorité.

Chr - Pour que les citoyens de France et des autres pays membres se sentent liés par la constitution de l'Union européenne, ne serait-il pas souhaitable qu'on leur soumette un texte court, fondamental, à charge pour le Parlement européen d'élaborer les dispositions législatives ?

F.H. - D'abord on ne demande pas aux citoyens de voter sur un texte simple et lisible mais sur une question claire qui n'exige pas la lecture d'un texte long et compliqué d'inspiration néolibérale : Etes vous pour ou contre l'Europe ? Ensuite, une des vertus de la constitution est d'éviter les débats sur la mise en oeuvre et les conséquences de la politique capitaliste libérale européenne. Il n'est donc pas question de donner des prérogatives législatives au parlement européen.

Chr - Pour le socialiste que vous êtes, n'est-il pas étrange de reprendre à votre compte la rédaction de l'article I-3 (les objectifs de l'Union). N'êtes-vous pas choqué de voir mélangés des objectifs humanistes valables pour tous les citoyens et des dispositions mercantiles assurant la domination des plus riches. Nous citons :

2. L'Union offre à ses citoyens un espace de liberté, de sécurité et de justice sans frontières intérieures et un marché intérieur où la concurrence est libre et non faussée.

3. L'Union oeuvre pour le développement durable de l'Europe fondé sur une croissance économique équilibrée et sur la stabilité des prix, une économie sociale de marché hautement compétitive qui tend au plein emploi et au progès social, et à un niveau élevé de protection et d'amélioration de la qualité de l'environnement.

Non seulement les membres de phrase cités en caractère gras n'ont rien à faire dans un contrat civique entre Etats mais ils sont en contradiction avec les objectifs civiques énoncés. Qui peut croire que la libre concurence assure aux citoyens un espace de liberté de sécurité et de justice ? Qui peut croire que l'économie sociale de marché hautement compétitive tend à reconstruire ce qu'elle a détruit, le plein emploi, le progès social et le respect de l'environnement ?

F.H. - Il ne s'agit pas de croire ou de ne pas croire. Il faut construire une Europe forte en votant le texte tel qu'il est. On améliorera les choses en marchant.

Chr - Alors que pensez-vous de l'article I-6 : La Constitution et le droit adopté par les institutions de l'Union, dans l'exercice des compétences qui sont attribuées à celle-ci, priment le droit des états membres. Il semble qu'on n'aura pas d'autre choix que de marcher droit.

F.H. - Au moment ou George W. Bush est réélu pour quatre ans il est nécessaire que l'Europe se renforce et que tous les états de l'Union marchent d'un même pas.

Chr - Est-il alors judicieux d'indiquer dans la constitution que la politique de l'Union ... respecte les obligations découlant du traité de l'Atlantique Nord pour certains Etats membres qui considèrent que leur défense commune est réalisée dans le cadre de l'Organisation de traité de l'Atlantique Nord ... (article I-41) ?

F.H. - Vous citez quelques faiblesses de la constitution mais vous ne parlez pas de ses immenses avancées démocratiques. Exploitons ces avancées et corrigeons les faiblesses mais ne perdons pas de temps pour renforcer l'Union européenne.

Chr - Pour corriger les faiblesses, avez-vous lu, en fin de texte, l'article IV-443 décrivant la procédure de révison ordinaire de la constitution. Après une décourageante course d'obstacle, " les modifications entrent en vigueur après avoir été ratifiées par tous les Etats membres conformément à leurs règles constitutionnelles respectives ".

F.H. - La discussion n'est pas possible : vous êtes contre l'Europe.