Conte de l'absurde au quotidien.

(chronique de l'hiver 2002-2003)

 

20 mars 2003.

Le viol de la paix, bien sûr, c'est de la faute de la victime. D'ailleurs, ce n'est pas un viol, c'est une tournante : les trois soudards, les beaux mâles rigolards de la photo des Açores, vont être rejoints par d'autres amateurs de distractions viriles et les voyeurs de toutes les télé du monde s'en donneront à cur joie.

Selon le chef du gang, l'ONU n'aurait pas été violée si elle avait été consentante et, avec les copains, on a tout fait pour qu'elle le soit. Quant à l'Irak, c'est une salope qui l'a bien cherché.

Déjà, dans la jet society du libéralisme, on trouve des excuses à nos grands fous : ils sont un peu brutaux mais c'est pour le Bien de leur protégée rudement initiée aux délices de la démocratie civilisatrice et pétrolière.

De son côté, le vigilant et consciencieux docteur Hans Blix n'est pas content. Après trois mois de traitement, sa patiente irakienne commençait à se débarrasser de ses gadgets et de ses fantasmes, ouvrant la voie à une immense espérance mondiale d'éradication, sans violence, des panoplies guerrières. Et voilà que la grande armada bushienne, loin de vouloir contribuer à ce succès, libère ses propres fantasmes et déchaîne sa formidable gadgetterie.

 

17 mars 2003.

 

Si nos trois joyeux lurons déclenchent la guerre en Irak dans les prochains jours

après avoir tout essayé pour déshonorer l'Organisation des Nations Unies,

cette photo prise aux Açores et diffusée par Wanadoo-AFP le 16 mars 2003

figurera dans les livres d'histoire.

 

9 mars 2003.

" Il y aura des represailles américaines contre la position adoptée par Chirac aux Nations Unies, de même qu'il en aura contre Schröder, qui a fait sa campagne électorale sur notre dos. Si on peut être antiaméricain sans en payer le prix, alors tout le monde va l'être. Il s'agit donc pour nous d'affirmer la distinction entre ceux qui sont nos amis et ceux qui ne le sont pas. Chirac a décidé d'être le porte-drapeau de la réaction antiaméricaine, il a préféré la tradition gaulliste à la realpolitik, c'est la France qui va payer le prix le plus lourd. "

Ce texte est extrait d'un entretien avec Edward Luttwak publié dans l'hebdomadaire "Le Point" du 1er novembre 2002. M. Luttwak est consultant auprès du Pentagone. Il exprime bien l'opinion, réaffirmée par ailleurs, de l'équipe de faucons dont s'est entouré le président Bush.

Depuis le 1er novembre, la position française n'a pas faibli, applaudie à l'ONU, légitimée le 15 février 2003 par des manifestations mondiales sans précédent, appuyée par l'Allemagne, adoptée par la Russie et par la Chine.

Où en sont les représailles américaines annoncées par Luttwak ?

Rien au grand jour, mais, derrière une facade démagogique, une Taupe travaille à détruire la France.

Elle s'attaque à son unité constitutionnelle sous couvert de décentralisation brouillonne.

Elle s'attaque à son unité morale en transformant la fracture sociale en ravin : sur la haute berge les gens d'en haut, plus riches et plus arrogants que jamais ; sur la berge basse, les gens d'en bas ; au fond du ravin les exclus du libéralisme.

Elle s'attaque à ses traditions civiques en imposant le bipartisme électoral dans la perspective de remplacer le débat démocratique par la pression des lobbies et les défilés de majorettes.

Elle s'attaque à ses travailleurs et à son économie en laissant le champ libre aux patrons voyous et aux licenciements pour convenance boursière.

Elle s'attaque à ses services et entreprises publiques pour livrer le bien commun des français à la spéculation mondiale.

Elle s'attaque à l'exception française : son système de retraites, sa sécurité sociale, son école, ses aides à la culture, son ouverture à l'accueil, ses valeurs morales de liberté, égalité et fraternité.

Cette Taupe à vue courte, mandatée par une assemblée nationale aveugle, c'est M. Raffarin.

 

6 mars 2003.

Le chantage au service de la guerre. 

Dépèche AFP du 4 mars 2003.

Surpris et dépités par la décision du Parlement turc de refuser le passage aux forces américaines afin de prendre l'Irak en tenailles, les Etats-Unis ont indiqué que leur aide économique de 6 milliards de dollars promise à Ankara pour compenser les retombées d'une guerre en Irak, était désormais compromise. "La majeure partie (de cette aide) n'aura pas lieu d'être s'il n'y pas d'implication directe" de la Turquie dans les opérations, a déclaré le porte-parole du département d'Etat, Richard Boucher.

La crise a fait plonger la bourse d'Istanbul. Un nouveau débat pourrait avoir lieu au Parlement turc, mais pas avant un remaniement ministériel prévu dans une dizaine de jours.

 Dépèche AFP du 6 mars 2003

Le Premier ministre britannique Tony Blair, le plus fidèle allié des Etats-Unis face à l'Irak, s'est de son côté déclaré mercredi "confiant" dans la possibilité d'obtenir les voix nécessaires à l'adoption de cette résolution (feu vert pour la guerre) au Conseil de sécurité. Outre la Grande-Bretagne, Washington bénéficie au sein du Conseil du soutien de l'Espagne, et compte également sur l'appui de la Bulgarie. Le camp adverse compte la France, la Russie, la Chine, l'Allemagne et la Syrie. D'intenses pressions sont en cours sur les six pays restants, tous membres non-permanents, dont le vote serait décisif : Mexique, Chili, Guinée, Cameroun, Angola, Pakistan.

( L'observer a révélé que les diplomates de ces six pays étaient suivis en permanence sur tables d'écoute des services secrets américains ).

  

19 février 2003.

Sur le net circule une version française d'un discours illustré attribué au Président Bush.

Au lendemain des grandes manifestations mondiales contre la guerre en Irak et des prises de position courageuses - au regard des pressions subies - de l'ONU, il est bon de rendre hommage, par la diffusion de ce texte, à la mauvaise foi obstinée du président des Etats et du Royaume Unis.

 

 

 

31 janvier 2003.

A propos des manifestations en faveur des "10 de Valence".

Il y a OGM ...

 

 Les OGM, comme leurs initiales l'indiquent, font partie du monde libéral truffé de sigles obscurs et majestueux (FMI, OMC, AMI, AGCS, ...) . La fabrication d'OGM, Organismes Génétiquement Modifiés protégés par des brevets, est une confiscation mercantile de connaissances récentes transférées brutalement, sans précautions et sans débats, du domaine de la recherche scientifique à celui de l'exploitation commerciale et du profit.

Un crime lèse-OGM est donc un crime lèse-profit, donc un crime grave. C'est ainsi que 10 militants de la confédération paysanne, "les 10 de Valence" ont été condamnés, en première instance, à des peines de trois à six mois de prison avec sursis ou fermes, à des amendes élevées de 1500 à 3000 euros et à des dommages et intérêts de 75 165 euros au profit de la société Biogemma, filiale du semencier Limagrain. Leur crime : avoir arraché 720 pieds de maïs transgénique le 26 août 2001 au cours d'une manifestation réunissant 200 personnes et en avoir clairement assumé la responsabilité.

... et ogm.

Les ogm, au sigle plus modeste, sont des organismes génétiquement modifiés au fil des millénaires dont les êtres humains sont un exemple. Il est également possible de tirer profit de ces ogm en les faisant travailler mais, curieusement, les arracher de leurs emplois et de leurs lieux de vie n'est pas punissable. Les patrons de Daewoo ont arraché 550 emplois à Mont-Saint-Martin en Lorraine, ceux de Métaleurop en ont arraché 830 à Noyelles-Godault dans le Pas-de-Calais en laissant un sité pollué sur des kilomètres carrés. Assurés de l'impunité, les dirigeants de Rivoire et Carré Lustucru prévoient l'arrachage de 185 emplois, ceux de LU Danone annoncent l'arrachage à Ris-Orangis (Essonne) et à Calais de 794 emplois. La liste est longue des arrachages décidés par Alstom, par Aventis, par Air Lib (dont le patron des patrons, Ernest Antoine Seillière fut gros actionnaire), par Pechiney ; arrachages encore programmés à Aubat et Sabart en Ariège, Aubagne (Bouches-du-Rhône), Avallon (Yonne), Provins (Seine et Marne).

Non seulement la justice est indifférente à ces délits avérés, mais le gouvernement s'est délibérément privé des lois qui pourraient freiner ces arrachages d'emplois, destructeurs d'ogm humains et ruineux pour l'économie nationale. En effet, le chômage est un des outils du libéralisme pour garantir et développer les profits. Il est intouchable.

 

15 janvier 2003.

- Je suis content de vous, mon cher Raffarin.

- Monsieur le Baron est trop bon.

 

Le pas de deux du 14 janvier 2003 à Tours de Jean-Pierre Raffarin et du MEDEF avait quelque chose d'indécent.

Au " Patrons, me voilà ! " du premier ministre assistant pour la première fois à une assemblée générale de l'organisation patronale, les patrons rassemblés ont répondu par la bouche d'Ernest-Antoine Seillière : " Vous avez devant vous une tâche urgente et lourde mais les conditions politiques sont réunies pour la mener à bien. "

C'est sans aucune pudeur que s'affiche ainsi devant l'opinion cette réalité de la France d'aujourd'hui. Les intérêts patronaux réunis - qui sont bien jusqu'alors et sauf erreur, des intérêts privés - trouvent dans la majorité politique issue des élections du printemps dernier, un placement aussi sûr qu'un solide cours d'action en Bourse.

Quel mépris, en même temps, dont le premier ministre n'eut pas l'heur de s'offusquer quand le président du MEDEF, réélu en sa présence, semble s'adresser à sa domesticité : " Vous avez, Monsieur le premier ministre, sifflé ces derniers mois la fin de la récréation, mais vous n'avez pas encore convaincu la France de se remettre au travail. "

Le MEDEF apprécie le cours des choses. Davantage qu'en septembre où il s'inquiétait du trop de prudence du gouvernement. Depuis, des gages lui ont été donnés. Démolition de la loi de modernisation sociale, premières baisses de l'impôt sur le revenu, mise en route d'un train de privatisations, détournement et casse des 35 heures, abrogation de la loi Hue sur le contrôle des fonds publics, déréglementations en tous genres. Il est content du service, mais il le veut impeccable.

Sans vergogne, le couple patronat-gouvernement s'est affiché hier devant toute la France. C'est insupportable.

Nul n'attend de Jean-Pierre Raffarin qu'il fustige le patronat au nom de la lutte des classes. Mais le premier ministre qui se réfère volontiers à la tradition humaniste, devrait se souvenir que celle-ci rejette tout partenariat privilégié avec une caste, une classe, une élite ; elle a le souci du bien public avant les intérêts privés ; elle n'oublie pas que la richesse d'une nation n'est pas que celle de ses " entrepreneurs ". Jean-Pierre Raffarin a oublié hier qu'il était premier ministre de toute la France.

Extrait de l'éditorial " Partenariat de classe ", Maurice Ulrich - Humanité du 15.01.03

 

5 janvier 2003.

Pour la rentrée des classes, Wanadoo propose, en promotion, un jeu destiné à former les jeunes aux plus hautes valeurs civilisatrices :

 

27 décembre 2002.

Bonne année, bonne santé.

La chronique de l'absurde mérite bien son nom en cette fin d'année 2002.

 

L'humanité a éradiqué la variole, maladie terrible, depuis plus de vingt ans dans l'ensemble du monde. S'il existe une menace sérieuse d'épidémie criminelle, c'est évidemment à l'organisation MONDIALE de la santé, l'OMS, que revient la redoutable responsabilité de l'étudier et d'ouvrir, s'il y a lieu, une campagne de vaccination en décidant de ses modalités au profit de l'ensemble de l'humanité.

Eh bien non. Contre l'avis des autorités médicales de son propre pays, c'est Monsieur George Bush (son mandat de Président l'autorise-t-il à faire n'importe quoi ?) qui décide de lancer la promotion de la variole et d'en protéger une partie de la population de son propre pays !

 

 Ne pas confondre l'organisation mondiale de la santé, OMS, avec l'organisation mondial du commerce, OMC. Monsieur Bush a tenu à éviter cette confusion en mettant son veto à tout accord de l'OMC sur l'importation par les pays pauvres de la planète de médicaments "génériques" (c'est à dire vendus ou distribués au prix coûtant de fabrication) destinés à lutter contre le sida, la tuberculose, le paludisme et autres pandémies.

En novembre 2001, après bien des tergiversations, la conférence de l'OMC qui se tenait à Doha, capitale du Qatar, avait laissé la porte ouverte à un tel accord. Monsieur Bush a opposé son veto au nom des lobbies pharmaceutiques.

Et pourtant l'Inde et le Brésil ont pu faire, avant 1995, des copies de médicaments à des prix inférieurs de 80% à ceux des grandes firmes pharmaceutiques car leur législation nationale considérait les médicaments comme des produits non brevetables. Depuis janvier 1995, dans l'obscurité des délibérations de l'OMC, l'uniformisation décidée (par qui ? comment ?) des systèmes de propriété intellectuelle empêche les deux pays de poursuivre librement la production de médicaments génériques et d'en faire profiter d'autres pays pauvres. La conférence de Doha ouvrait une porte. Monsieur Bush l'a refermée.

 

21 décembre 2002. Du pétrole pour le père Noël.

 

La récente émission de France 2 "Faut-il avoir peur de l'Amérique" (voir notre chronique d'automne) donne une vision nouvelle du père Noël, incarné par le Président Bush : George le Bon prend appui sur de puissantes organisations obscurantistes américaines à prétention judéo-chrétienne; il est complice de l'intouchable complexe militaro-industriel des Etats Unis et, par tradition familiale, il baigne dans le pétrole.

Ainsi, pour lutter contre l'empire du Mal, il calque la carte mondiale du terrorisme sur les réserves pétolières, en Irak à l'évidence, et dans le monde entier. Au Vénézuéla, personne ne doute de l'intervention de ses services à peine secrets dans la grève pétrolière destinée à faire démissionner le président Hugo Chavez, récemment élu. (Actuellement, le commandant en chef de l'armée de terre, le général Julio Garcia Montoya a qualifié cette grève pétrolière de sabotage et assuré le président Chavez du soutien de l'armée, mais on peut craindre la fabrication, made in USA, d'un Pinochet local disposant de l'appui de l'empire du Bien.)

Au delà de l'actualité, il est étrange de constater que la rapacité libérale, s'étendant jusqu'aux terres protégées de l'Alaska, se propose d'épuiser, en quelques générations un patrimoine naturel vieux de 400 millions d'années au profit immédiat des pays les plus riches, dont, avant tout, les Etats Unis, quelque soit le prix à payer : d'abord la guerre et, à moyen terme, de graves désordes économiques et écologiques.

Petit dégât collatéral, on sait que le pétrolier "Prestige" battant pavillon des Bahamas (bienveillant paradis fiscal voisin de la Floride) est en train de deverser 70.000 tonnes de fuel au large de l'Espagne.

Très embarassée, la commission de Bruxelles a voulu faire la preuve de sa vigilance en publiant ... un éclatant aveu d'incurie : la liste de 66 navires poubelles "ayant été détenus à plusieurs reprises dans les ports européens pour non-conformité avec les règles de sécurité maritime" au cours des 3 dernières années. Ces 66 navires qui naviguent paisiblement au nom de la libre entreprise bénéficient des flatteurs indices de performance "haut risque" et "très haut risque". A titre d'exemple, battant pavillon turc, le pétrolier "Salih Kalkavan" vieux de 26 ans, a été détenu 4 fois en trois ans, le chimiquier "Pazar", 5 fois en trois ans.

 

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