Conte de l'absurde au quotidien.

(chronique du printemps 2003)

 

14 juin 2003. - Message de la rue.

Un tract de "Solidaires Sud" (union syndicale de l'Isère) m'a été remis, dans la rue, au cours de la grande manifestation du 10 juin à Grenoble. En complément d'une information solide sur les retraites, ce tract contenait le texte suivant :

Lettre ouverte à mon 1er ministre

Cher camarade,

Ce n'est pas la rue qui gouverne, mais c'est la rue qui achemine ton courrier. C'est la rue qui répare ou installe ces câbles et ces tuyaux qui font que tu peux prendre un bon bain chaud. C'est la rue qui se lève tôt pour que tu aies du pain frais, un café et un journal. C'est la rue qui ramasse tes poubelles, nettoie tes bureaux, fabrique ta prochaine voiture de fonction, installe ton matelas et ton parasol, répond au téléphone, approvisionne les rayons, taille ta haie, photocopie, lave, essuie, repasse, arrose ...

C'est la rue qui paie ton salaire de ministre (et ton augmentation de 70 % cette année). C'est la rue qui cotisera pour ta retraite de ministre.

Et des fois, c'est la rue qui vote.

Je te le dis avec une grande humanité, mais je te le dis avec une grande fermeté : je suis dans la rue, j'y suis bien, et avec tout le respect que tu me portes, je t'emmerde.

 

31 mai 2003. - A la veille du G8.

En tête de la liste des contes figure, sous le titre Oncle Sam et ses neveux, une présentation officielle du G8 complétée par le compte-rendu anticipé de la séance secrète préliminaire. Le programme du G8 présenté par Jacques Chirac est à la fois un catalogue de bonnes intentions, hommage du vice à la vertu, et un aveu étonnant des carences du libéralisme qui domine le monde depuis plusieurs décennies. On peut rejoindre la page en cliquant sur son titre.

 

25 mai 2003. - Au soir de la puissante manifestation de Paris,

éloge des gouvernants.

Ils acceptent l'inacceptable, ils se sont (nous ont) trompés sur tout, ils ne sont pas capables de prévoir. Mais ils savent, et ils refusent de négocier avec ceux dont ils vont bouleverser la vie.

S'ils prétendent gouverner, alors ils sont responsables du chômage, du désarroi des jeunes, de la délinquance, de la dégradation du travail méprisé, mal payé, précaire. Alors ils sont complices des licenciements décidés par des patrons voyous ou distingués. Alors, sous couvert de construction européenne, ils démolissent délibérément les acquis culturels et sociaux des peuples d'Europe. Alors, en pleine conscience, ils couvrent la délinquance financière, école de l'incivisme majeur, et protègent les paradis fiscaux.

Ils prétendent gouverner mais ils disent qu'ils ne peuvent rien contre la loi des marchés. A quoi servent-ils ? D'où vient, après tant d'erreurs, de démissions et de trahisons de la classe politique, cette assurance arrogante d'un Raffarin ou d'un Fillon d'avoir raison contre leur peuple. Sont-ils les élus d'un pays démocratique ou les prophètes infallibles du libéralisme mondial ?

Les politiciens au pouvoir nous ont trompés sur tout, sur le sida, sur les vaches folles, sur la bourse, sur la fiabilité des comptes des entreprises, sur le financement des pays pauvres, sur le FMI en Argentine, sur la course des navires poubelles, sur les mérites du traité de Maastricht, sur l'Europe face aux Etats Unis, sur la guerre et la paix, sur l'association de l'intégrisme et du néocolonialisme. Et ils nous font la leçon.

Ils sont incapables de prévoir. La démographie, les retraites (*), l'emploi des jeunes, la rémunération du travail, l'espace des biens publics, la fiscalité, le partage des richesses entre le capital et le travail sont étroitement liés : il y a autant de solutions qu'il y a de choix dans les priorités. Ils n'en retiennent qu'un : le profit du capital est intouchable, tout projet qui restitue au travail une partie des fruits de la productivité et des progès techniques est à rejeter . Ils n'ont que faire de la réflexion et de la prudence. Ils ont choisi l'autoritarisme et la précipitation.

(*) Parmi les nombreux documents écrits sur les retraites, j'ai retenu un texte diffusé par ATTAC, qui me parait précis et clair.

 

20 mai 2003.

Les chefs des huit états les plus riches du monde (Allemagne, Canada, France, Italie, Japon, Russie, UK, USA ) se réunissent à Evian les 1, 2 et 3 juin 2003. Ils forment le G8, garant et gardien autoproclamé du désordre libéral mondial.

Cette année, les manifestations aux portes d'Evian exprimeront le rêve d'un autre monde pendant que la vaniteuse et coûteuse réunion officielle du G8 se déroulera sous le signe du cauchemar : guerres impériales et terrorisme liés comme l'oeuf et la poule, légalité internationale bafouée par les USA à l'exemple obstiné du petit frère israélien, éclatant fiasco du FMI en Argentine, crises boursières, faillite frauduleuse de la puissante société américaine de distribution électrique Enron.

A cette liste incomplète, le gouvernement français ajoute en hâte un ensemble de mesures destinées à démembrer les services publics et à diminuer encore et encore, la part du travail dans la richesse nationale sous la pression délibérée du chômage. Précarité, bas salaires, course à la productivité, licenciements, retraites dévaluées sont la contrepartie, présentée comme inéluctable, de la prospérité indécente des grands patrons, de leur cour et des rentiers.

La commission de Bruxelles accélère la déréglementation européenne pour briser toute entrave à la maîtrise capitaliste des secteurs économiques et prépare, au titre de l'AGCS (accord général pour le commerce et les services) la marchandisation de toutes les activités humaines. C'est l'organisation mondiale du commerce (OMC) qui validera cet accord sans aucun respect du principe de précaution qui voudrait qu'on évalue correctement les risques au moment de détruire des acquis séculaires de la lutte des hommes pour leur bien-être et leur dignité.

Cette fuite en avant n'est pas un signe de bonne santé du système libéral. Les manifestations mondiales contre la guerre en Irak d'une ampleur jamais imaginée et, en France, la forte mobilisation sociale montrent qu'un autre autre monde est possible et qu'il est urgent de le construire.

 

10 mai 2003. - Les retraites des gens d'en bas.

Le baron, son homme de confiance et les patrons rigolards qu'on voit derrière, est-ce qu'ils font des histoires pour leurs retraites ?

(photo prise au Congrès du MEDEF le 14 janvier 2003)

Les gros actionnaires, les patrons et leur domesticité politique, technolibérale ou médiatique sont d'accord sur l'essentiel : il y a toujours quelque part des travailleurs plus mal traités qu'en France et il y a toujours quelque part des patrons et des rentiers plus prospères qu'en France. Aussi, tout est bon, chômage, précarité, dimintions des retraites, d'un côte, allègements d'impôts et enrichissements galopants, de l'autre, pour creuser le fossé entre les gens d'en haut et ceux d'en bas. La modernité de M. Raffarin, c'est l'Ancien Régime.

 

7 mai 2003. - Insolence.

Nommés et non élus, les commissaires de Bruxelles se posent en donneurs de leçons et régisseurs insolents. Agissant, en principe, au service des gouvernements européens, ils ont construit une bureaucratie autonome étroitement liée, en fait, aux lobbies économiques et financiers.

Voici quelques extraits de la dépêche AFP du Mercredi 07 Mai 2003 :

UE : la France sommée de prendre des mesures de rigueur d'ici octobre.

La Commission européenne a accru mercredi la pression sur la France en demandant aux ministres des Finances de l'UE de lui fixer un ultimatum pour qu'elle prenne avant le 3 octobre prochain d'importantes mesures de rigueur budgétaire…Cette recommandation, faite dans le cadre de la procédure de déficit excessif lancée en mars contre la France, doit être entérinée par les ministres européens de l'Economie et des Finances lors d'une réunion le 3 juin à Luxembourg.

Sans consulter l'Assemblée nationale, Francis Mer s'incline, Raffarin se couche :

Signifiant que le message était bien passé, le ministre français de l'Economie Francis Mer a réaffirmé mercredi que son objectif était de faire retomber le déficit sous la barre des 3% l'an prochain…Le gouvernement est "mobilisé" sur la réduction des déficits et le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin "y veille personnellement", a renchéri le porte-parole du gouvernement.

La commission s'impatiente : 

Dans son communiqué, la Commission souligne qu'il y a urgence: "le gouvernement français devrait améliorer dès 2003 son déficit corrigé des variations conjoncturelles dans une mesure supérieure à ce qui est prévu actuellement"…Enfonçant le clou, elle a rappelé les grandes lignes du rapport très critique qu'elle avait adopté en mars sur la politique économique de la France. La grave détérioration de la situation budgétaire en 2002 provient principalement des dérapages des dépenses et de la mise en oeuvre de réductions fiscales, avait-elle conclu, en estimant que la conjoncture déprimée n'était responsable que du tiers de l'écart constaté entre les prévisions initiales (1,4% de déficit) et le résultat final (3,1%).

(On notera que les réductions fiscales, cadeau démagogiques offert aux plus riches, aggravera l'austérité imposée aux plus pauvres, consommateurs voraces de dépenses publiques.) 

Sans doute, les Ministres des Finances ou les Chefs d'Etat européens pourraient la rappeler à l'ordre, mais c'est si commode de se réfugier derrière la Commission du Bruxelles en présentant comme impératives ses décisions et ses injonctions ! D'ailleurs la compétence de la Commission ne peut pas être mise en doute car elle s'inspire des mêmes doctrines budgétaires que le FMI dont un des succès les plus éclatants est l'effondrement économique de l'Argentine

  

24 avril 2003. - Contrastes.

Si l'on symbolisait l' humanité par un être humain, son cerveau ouvrirait le monde, ou le conduirait au chaos ; sa main servirait les métiers et les arts ou les machines à tuer ; son ventre plat se gonflerait pour enfanter, ou s'étalerait repus de la maigreur de l'autre ; son sexe serait source de plaisir et de vie nouvelle, ou enjeu d'horribles trafics.

Et son cœur battrait pour distribuer le sang porteur de biens et d'énergie, ou ferait circuler, dans un réseau bancaire opaque, les flux financiers spéculatifs, dopés à l'argent sale des paradis fiscaux.

La dernière phrase, dont on appréciera la richesse métaphorique, introduit un lourd dossier, celui de la délinquance financière.

L'équipe militante d'ATTAC-Romans s'est attaquée à ce dossier . Elle a créé un site qui vaut le détour par la qualité de sa documentation et elle diffuse une pétition européenne qui vaut bien une signature.

Pour rejoindre ce site, cliquer sur http://www.local.attac.org/romans

 

18 avril 2003.

Du bon usage de l'antisémitisme.

L'approbation inconditionnelle de la politique israélienne est un choix partisan difficile à justifier. Pour éviter le débat, des associations juives bruyantes se placent sur le terrain du racisme et accusent d'antisémitisme tous les opposants à la guerre coloniale du gouvernement Sharon. Elles prétendent parler au nom des victimes juives des persécutions raciales et au nom des citoyens français portant un nom juif, y compris ceux qui ne revendiquent aucune attache religieuse et aucun particularisme à ce titre.

L'irritation de ces juifs enrôlés malgré eux dans une campagne frauduleuse s'appuyant sur quelques actes répréhensibles, encore isolés, a trouvé son expression dans un remarquable manifeste dont nous proposons la lecture en cliquant sur son titre : Une autre voix juive .

 

16 avril 2003.

CASQUES BLEUS.

Quelques pacifistes combatifs et impatients ont entrepris une campagne pour que les manifestants opposés à la guerre et à l'occupation en Irak se coiffent de casques bleus de chantier avec l'inscription " des casques bleus pour l'Irak ". L'idée est simple, peu coûteuse (7euros), politiquement très bien ajustée car il est vrai que l'humanité doit imposer la loi de l'ONU à la coalition impériale qui s'est mise hors la loi et s'en glorifie.

Contact : dmansion@clicage.com

Un manifestant américain (!) le 12 avril à Paris. 

 

12 avril 2003. - Au secours de la victoire.

Ouf ! Nous avons gagné la guerre.

Quel courage, quelle audace. Les états d'Amérique et du Royaume unis ont osé affronter l'Irak. Ils sont venus, ils ont vu (les inspections de l'ONU les avaient d'ailleurs aidés à tout voir), ils ont vaincu.

Les anglais commencent à s'en aller. Ils comptent les morts. Il y en a trente à la date du 11 avril. Y-a-t-il d'autres morts ? Oui, des soldats américains. C'est bien triste mais G. Bush les honore et rend visite aux blessés ... Et douze journalistes, héros sans armes.

Doit-on compter les malchanceux locaux de tous âges (arabes donc terroristes potentiels : " si ce n'est toi, c'est donc ton frère ") victimes des bombes, des missiles, des chars, du dénuement ? Pourquoi s'en soucier ? On ne fait pas d'omelettes sans casser des œufs.

L'omelette règne à Bagdad dont le musée est pillé sous le regard indifférent des troupes bushiennes. L'anarchie s'installe propice aux juteux contrats de reconstruction.

Saddam Hussein, qui serrait la main de Rumsfeld à l'apogée de ses entreprises criminelles, est mort ou en fuite. Leçon de civilisation, un jeu de 52 cartes représentant la famille et les complices du dictateur déchu est distribué aux soldats de l'armée américaine. WANTED, ces individus " peuvent être pourchassés, tués ou capturés " a précisé le général Vincent Brooks lors de son point de presse quotidien au siège du commandement central américain au Qatar. La démocratie US, c'est un état d'esprit inspiré de la justice du far west et du massacre des indiens.

La démocratie US, c'est aussi un mode de gouvernement. A ce titre est prévu un bureau pour la reconstruction qui sera installé à Bagdad pendant une durée indéterminée. Gouverneur militaire de l'Irak : général Tommy Franks ; administrateur civil : Jay Gardner, général à la retraite, ami personnel de Rumsfeld ; ministre de l'information (l'info, l'intox, c'est important) : James Woolsley, ancien directeur de la CIA qui estime que la quatrième guerre mondiale est commencée ; 3 autres ministres, trois coordonnateurs (Est, Centre et Sud), tous américains.

Jo-les-gros-bras a tout compris :

" Je connais un riche voyou qui bat sa femme et ses enfants, ses voisins à l'occasion. Une procédure judiciaire est en cours. Trop lente à mon gré. J'ai envoyé mes hommes lui casser la gueule. Ils ne l'ont pas trouvé. Ils ont tout démoli. Ils ont estropié deux ou trois enfants. Je suis entré dans la maison. Elle est en piteux état. Mon entreprise de construction va la réparer aux frais du propriétaire. Je m'y installe. La femme est mignonne et la cave bien remplie. Le juge m'a dit que c'est illégal. Je n'en ai rien à foutre. "

 

10 avril 2003.

Chef , foudre et profiteur de guerre, le président Bush a donc confirmé son intention, déjà exprimée bien avant le début de l'invasion, de confier aux seules entreprises américaines la reconstruction d'un pays embargoté pendant plus de dix ans puis ravagé en quelques semaines par les Etats et le Royaume Unis. Son petit Blair réclame sa part du butin et ils sont tous deux d'accord pour confier à l'ONU la mission humanitaire et non rentable d'enterrer les morts, de soigner les blessés et de prendre en charge les Irakiens survivants démunis de tout.

Au delà du dégoût, il est important d'essayer de comprendre. Chacun s'y emploie de son mieux.

" APRES L'EMPIRE ", d'Emmanuel Todd, publié par Gallimard en février 2003 fait partie des outils qui aident à comprendre. Le sous-titre du livre " Essai sur la décomposition du système américain " semble paradoxal au moment où les Etats-Unis font étalage de leur arrogance, de leur puissance militaire, de leur mépris du droit international et de la vie humaine. Mais une des informations clef de cet essai, le déficit commercial américain atteignant 450 milliards de dollars pour l'année 2000, explique la fragilité d'un système impérial prédateur. D'autres instruments d'analyse, taux de scolarisation et taux de fertilité dessinent une évolution rapide du monde interprétée positivement par l'auteur, ethnologue et démographe, dans une perspective politique.

Les trois adjectifs libéral, optimiste et généreux me paraissent globalement incompatibles. On peut être libéral et optimiste, mais pas généreux ; libéral et généreux, mais pas optimiste ; optimiste et généreux, mais pas libéral. Emmanuel Todd se veut libéral, généreux et optimiste, mais son credo libéral sonne creux. Par contre ses réflexions solidement documentées sont, malgré l'actualité, porteuses d'espoir.

 

6 avril 2003. - Le programme illustré de George double Ubush.

LIBERER L'IRAK - - - - - - - - - - - - - - - - - RECONSTRUIRE L'IRAK

 

 24 mars 2003.

L'occasion manquée

(récit mystique) 

 

Le 18 mars 2003, à la demande pressante du Pape, le Saint-Esprit descend dans le cerveau de George double Ubush.

- " Oh, la, la ! " fait-il en arrivant.

- " Pourquoi oh, la, la ? " demande Ubush Ubush.

- " Euh, pour rien. J'ai été seulement un peu surpris. C'est, - comment dire - , si peu encombré. "

- " Bien sûr, j'aime l'ordre : chaque chose à sa place. Venez donc voir mon exposition. "

Ubush Ubush guide le Saint-Esprit dans une circonvolution bien rectiligne de son cerveau. Une galerie de ses portraits y est exposée depuis George bébé tétant un biberon de pétrole jusqu'à la photo historique des trois joyeux boute en guerre des Açores, souriant aux anges le 16 mars 2003.

- " Joli, très joli ", dit poliment le Saint-Esprit, " mais ne croyez-vous pas, mon cher fils, que cette dernière photo, manque un peu de charité chrétienne ? Hier, le paradis a connu une énorme manifestation d'anges qui n'ont pas apprécié vos sourires. Sur terre, tous les peuples s'opposent à votre guerre annoncée. Le Saint Père la condamne ; c'est lui qui m'a prié de vous rendre visite. "

D'un air pincé, le cerveau d'Ubush Ubush bloque ses synapses.

- " Je n'ai pas l'intention de céder à la pression d'anges manipulés par Jeanne d'Arc, De Gaulle et Chirac ; et, pour prendre Mes Décisions, je n'ai pas besoin du Pape : je communique en ligne directe avec Jésus. "

Le Saint-Esprit , conscient de la difficulté de sa mission , fait un rapide et décevant électro-encéphalogramme après quoi il choisit la voie du raisonnement flagorneur et basic :

- " Grâce à la présence de vos légions, l'antéchrist commence à désarmer sans coup férir. Grâce à votre fermeté, son pouvoir s'affaiblit et ne pourra survivre à la pression pacifique des forces du Bien qui contrôlent le pays au nom de l'ONU. Grâce à votre générosité, l'embargo sera levé, sauvant des milliers de vies humaines et ouvrant des milliers de chantiers bénéfiques à vos entreprises. Grâce à votre sagacité, le pétrole oriental coulera, tel un fleuve paisible, dans les vertes campagnes de votre pays.

Montre ta force pour ne pas avoir à t'en servir, telle sera votre noble devise. "

- " Dans Saint-Esprit ", rétorque Ubush Ubush, " il y a esprit donc sophisme, imposture, perversité et vice. C'est Jésus qui m'a arraché au vice et qui, depuis lors, me guide sur le droit chemin de la puissance impériale. Je le prie à genoux tous les matins et, chaque jour, il bénit mon gouvernement et mes soldats. VADE RETRO, toi qui te prétend esprit sain. "

Oh, la, la, répète mentalement le Saint-Esprit. Excédé, il conclut la rencontre :

- " Pauvre Jésus, que d'inepties on profère en Son nom. Je lui ai parlé de toi, je lui ai demandé d'intervenir, lui qui t'aurait, paraît-il, délivré de l'ivrognerie. Te connaissant bien, il partait battu. Je ne vois qu'un moyen, m'a-t-il dit, de sauver la paix dans l'immédiat. Conseille à cet illuminé de prendre une bonne cuite. "

 

André Kahane, printemps 2003.

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