Chronique de l'automne 2003.

(conte de l'absurde au quotidien)

 

20 décembre 2003, 12 heures 30. Projet Iter (réacteur expérimental de fusion nucléaire).

Site français contre site japonais titre l'AFP. La décision doit être prise aujourd'hui lors d'une réunion ministérielle à Houston (Virginie).

D'après le texte de la dépêche " le choix final devrait être moins scientifique que politique, résultat d'un marchandage entre les Etats-Unis et les autres pays participant au projet ".

L'enjeu est énorme, maîtriser l'énergie de fusion nucléaire à des fins pacifiques dans les 30 ans à venir, au prix d'un investissement évalué à 30 milliards d'euros, avec, à l'évidence, d'importantes retombées économiques.

Les Etats-Unis ont décidé en janvier 2003 de revenir dans le projet après l'avoir quitté cinq ans plus tôt car ils le jugeaient trop coûteux (réservent-ils leur effort financier, beaucoup plus important, à la fabrication d'armes nouvelles ?). Ils n'ont pas proposé de site pour le réacteur et ont prévu de contribuer au financement du projet à hauteur de 10 %.

Ils ont évidemment leur candidat, le Japon, dont le site de Rokkasho-mura ne tient guère la comparaison scientifique avec le site de Cadarache présenté par l'Union européenne, mais on notera cette information donnée par l'AFP en faveur du site japonais :

" La présence d'une grande base militaire américaine voisine implique que le site dispose déjà des services indispensables pour accueillir des chercheurs étrangers ".

On saura bientôt si la puissance impériale a cédé à la raison ou si elle a réussi à imposer sa volonté.

Informations de l'AFP sur la compétence scientifique comparée des deux sites :

Les deux sites font valoir une solide expérience du nucléaire. Rokkasho-Mura abrite un grand complexe industriel comprenant une usine de retraitement nucléaire qui doit ouvrir en juillet 2006, un centre d'entreposage de déchets vitrifiés, une usine d'enrichissement d'uranium et un centre de stockage de déchets de faible activité.

Le site de Cadarache de son côté abrite depuis 40 ans des recherches internationales sur l'énergie nucléaire, et mène depuis 1988 une préfiguration d'Iter avec le réacteur expérimental "Tore Supra" dans le cadre d'un programme européen des recherches sur la fusion. 

Réponse sur ce site dans la journée.

A 17h30 GMT, la réunion entre les ministres de l'énergie et de la recherche se poursuivait mais le pessimisme régnait sur une décision ce samedi.

"Il est peu probable qu'un choix de site soit fait aujourd'hui car il n'y a pas encore de consensus, les positions semblent partagées trois contre trois", a indiqué un membre d'une délégation présent à la réunion ministérielle à Reston (Virginie), sous le couvert de l'anonymat.

En cas d'échec, une autre réunion pourrait avoir lieu dans un mois ou deux, a ajouté cette source. Le choix du site doit se faire par consensus, et non à l'issue d'un vote à la majorité.

L'Union européenne, la Russie et la Chine soutiennent le site de Cadarache, alors que les Etats-Unis, le Japon et la Corée du Sud préfèrent le site japonais de Rokkasho-Mura, a précisé cette source.

Selon un membre d'une autre délégation, sous le couvert de l'anonymat, les choses ont toutefois évolué en faveur du site français au cours de la réunion, la Corée du Sud ayant décidé de s'abstenir. 

En fin de journée, les six délégations participant à la réunion de Houston ont pris acte de l'absence de consensus et reporté la décision à février 2004.

 

18 décembre 2003. Qui doit juger Saddam Hussein ?

La Cour pénale internationale (CPI), créée en 1998 par le traité de Rome, a pour mission de juger les crimes contrer l'humanité de portée internationale. Elle a un caractère permanent, est doté de règles communes pour tous les justiciables et leur assure le droit de se défendre. Mais sa mise en place a été une véritable course d'obstacles et sa compétence pourrait être limitée aux crimes commis après son installation officielle.

Selon M. Robert Charvin, professeur de droit, doyen honoraire de la faculté de Nice, il n'existe aucune autre structure adaptée au cas de Saddam Hussein.

La CPI impose aux états, de véritables contraintes juridiques. Avant de ratifier le traité de Rome, la France était hésitante mais elle l'a ratifié. Pas les Etats-Unis.

Le respect de ces contraines mettrait certainement en évidence les aides financières et militaires de l'Europe occidentale et des Etats Unis dont a bénéficié Saddam Hussein entre 1979, date de son accession au pouvoir, et 1990.

C'est pourquoi les Etats-Unis s'orientent vers un tribunal spécial irakien ou mis en place par la "coalition" qu'ils dirigent. Le tribunal spécial, créé pour une mission précise et limitée, est l'outil idéal pour le pouvoir politique puisque c'est lui qui le compose selon ses objectifs, qui en fixe les règles, qui écarte les sujets génants et pèse sur les décisions.

Saddam Hussein doit être jugé pour ses crimes. Par qui et comment, la question est importante. On peut aussi se demander si le dictateur, qui s'est bien gardé de se suicider lors de son arrestation, ne sera pas invité à changer d'avis pour éviter des révélations génantes.

 

13 décembre 2003. Mauvaise pièce, mal jouée. Le grand bide de Bruxelles.

 

L'enlèvement d'Europe par le Grand Capital

Pièce en 4 parties, 23 titres, 16 chapitres, 46 sections, 5 protocoles et 3 déclarations

de

Monsieur Valery Giscard d'Estaing,

Membre de l'Académie Française

 

12 décembre 2003. Charade.

Mon premier est une vaste étendue d'eau douce, mon second est ce qu'on dit quand on a perdu une grosse pièce de monnaie, mon troisième est très étroit.

Mon tout est un théatre célèbre : Lac - Oh ! mes dix francs - Seize (treize et trois).

Cette charade enfantine revient en mémoire lors de l'élection de Monsieur Valery Giscard d'Estaing à l'Académie française où va se jouer le spectacle puéril de Sa Suffisance sous la Coupole.

Son oeuvre littéraire est modeste : un essai "Démocratie française" en 1976, ses mémoires "Le pouvoir et la vie" en 1988 et 1994 et un roman "Le passage" en 1994. Mais une autre Oeuvre, selon lui, a pesé.

" J'imagine que, dans le vote d'un certain nombre d'académiciens, le travail accompli par la Convention européenne a été pris en compte donc j'adresse une part de cette reconnaissance aux conventionnels qui ont travaillé avec moi pour rédiger le projet de constitution européenne ", a estimé VGE après son succès (AFP, 12 décembre 2003).

Une constitution peut effectivement figurer parmi les grands textes. En particulier, on pouvait attendre du préambule du Projet de Traité établissant une Constitution pour l'Europe un certain soufle épique.

Après une citation de Thucydide, voici le texte de ce préambule verbeux, pompeux et grammaticalement mystérieux puisque les termes conscients, s'inspirant, convaincus, persuadés, assurés, reconnaissants ne se réfèrent à aucun substantif explicite et ne construisent pas une phrase correcte. Sans doute, en hommage au Général De Gaulle, s'agit-il d'un texte rédigé en volapuk par notre nouvel académicien.

Conscients que l'Europe est un continent porteur de civilisation ; que ses habitants, venus par vagues successives depuis les premiers âges, y ont développé progressivement les valeurs qui fondent l'humanisme : l'égalité des êtres, la liberté, le respect de la raison,

S'inspirant des héritages culturels, religieux et humanistes de l'Europe, dont les valeurs, toujours présentes dans son patrimoine, ont ancré dans la vie de la société le rôle central de la personne humaine et de ses droits inviolables et inaliénables, ainsi que que le respect du droit,

Convaincus que l'Europe désormais réunie entend avancer sur la voie de la civilisation, du progrès et de la prospérité, pour le bien de tous ses habitants, y compris les plus fragiles et les plus démunis ; qu'elle veut demeurer un continent ouvert à la culture, au savoir et au progès social ; et qu'elle souhaite approfondir le caractère démocratique et transparent de sa vie publique, et oeuvre pour la paix, la justice et la solidarité dans le monde,

Persuadés que les peuples de l'Europe, tout en restant fiers de leur identité et de leur histoire nationale, sont résolus à dépasser leurs anciennes divisions et, unis d'une manière sans cesse plus étroite, à forger leur destin commun,

Assurés que " Unie dans sa diversité", l'Europe leur offre les meilleures chances de poursuivre, dans le respect des droits de chacun de dans la conscience de leurs responsabilités à l'égard des générations futures et de la planète, la grande aventure qui en fait un espace privilégié de l'espérance humaine,

Reconnaissants aux membres de la Convention européenne d'avoir élaboré cette Constitution au nom des citoyens et des Etats d'Europe,

(Lesquels, après avoir échangé leurs pleins pouvoirs reconnus en bonne et due forme, sont convenus des dispositions qui suivent :)

La présentation et la ponctuation sont rigoureusement reproduites à partir du site officiel http://europa.eu.int/futurum/constitution/preamble/index_fr.htm. Les "dipositions qui suivent " sont les 4 parties du projet découpées en titres, puis en chapitres, puis en sections et sous sections et enfin en articles.

La valeur littéraire de cet interminable pensum est évidemment nulle puisqu'il n'a d'autre but que d'imposer définitivement aux peuples européens les règles rigoureuses du libéralisme en restant aussi illisible que possible pour les citoyens qui auraient l'idée saugrenue d'essayer de le déchiffrer.

 

3 décembre 2003. En prélude aux manifestations du 6 décembre contre le chômage et la précarité.

Aujourd'hui, 920 grammes de pub dans la boîte aux lettres. En une journée, pour 10 millions de foyers, 10 000 tonnes d'arbres abattus, 10 000 tonnes de déchets. Un coup d'oeil sur les pages de couverture aux messages aguichants et ineptes :

Offrez l'évasion positive Carrefour.

Noël, le meilleur de Boulanger

Pour bien acheter, Les pages bleues de L'immobilier : 455 000 euros - GRENOBLE - Amateur de très bel ancien, vous serez ravis !

Conforama : Qu'est-ce qu'on attend pour tout offrir ?

LES PRIX ' VILEGES DE NOEL à Castorama pour Papa, Maman, Romain, Amélie.

INTERSPORT prenez une longueur d'avance

Bonjour le 38, n° 1 de la petite annonce en France, grand destructeur d'arbres et de presse d'opinion.

ParuVendu, top affaires.

MAISON D'EMOTION FLY

... Sans compter quelques catalogues de moindre importance Laurie Lumière, Office World ...etc ...

Ce harcelement publicitaire contraste avec la page de couverture de L'Humanité hebdo du 29-30 novembre 2003.

Autour du titre " Visages de la France précaire " , douze photos de personnes qui ne peuvent guère songer à s'offrir l'évasion, ni le meilleur , ni un très bel appartement ancien, qui attendront avant de tout offrir, qui ne profiteront pas des prix ' vilèges de Noël, qui voudraient bien prendre une longueur d'avance et habiter une maison d'émotion..

" Sur notre chère et belle terre ", écrit l'éditorialiste J.-E. Ducoin, " quelques 4,5 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté et 2,5 millions ont recours à l'aide alimentaire ! Soit l'équivalent, en population, de 8 à 12 départements moyens dans l'un des pays les plus développés de la planête, le nôtre. "

Sur 4 pages du journal, douze perdants de la France qui gagne, comme pourrait dire Raffarin, racontent leurs épreuves. En voici un résumé.

Elsa a 35 ans. Elle voulait être danseuse. A force de ténacité, elle accomplit son projet. Après des embauches à l'étranger elle rentre en France ; elle n'a pas droit aux indemnité de chômage et son expérience professionnelle n'est pas reconnue en l'absence d'un diplôme d'état. Avec ses économies, elle suit une formation et passe le diplôme. Ne trouvant pas de travail , elle est réduite au RMI. Enfin la chance lui sourit, elle est engagée dans une jeune compagnie ... qui rencontre des difficultés financières. Elsa " retombe au RMI ". Elle multiplie les petits boulots mais ne peut plus payer son loyer. Elle se réfugie à Roanne, chez sa grand-mère. "Si je n'avais pas eu eu ma grand-mère, j'aurais été à la rue."

Alain, 53 ans, ex-patron d'une entreprise familiale de meubles, devenu RMIste. " En quatre jours, dans ce pays, on peut devenir un SDF. Quand je travaillais, je ne me posais jamais la question. Pis, les gens dans la galère ne m'intéressaient pas." Après d'inextricables difficultés financières, la décision de liquidation du tribunal de commerce amorce sa "descente aux enfers". Avec un vieux mobil home, Alain, sa femme licenciée de chez Alcatel et son fils de 23 ans, chômeur, partent vers le soleil dans un camping de l'Hérault. Voilà un an, les gérants du camping font faillite. Sur ordre du préfet, une grue enlève les pauvres baraques de chômeurs, de vieillards et d'invalides. Grâce à un mouvement de solidarité, avec l'aide d'un député communiste, Alain et sa famille emménagent dans un F3. Les voici de retour dans la société ...

Muriel, 39 ans est en contrat emploi consolidé au comité de quartier Nord Gambetta de Nimes où elle est écrivain public, animatrice et conseillère auprès des gens en difficulté. Elle a deux enfants de 13 et 6 ans. Avec 765 euros par mois et les allocations familiales " elle termine le mois avec plus un radis ". Son contrat arrive à échéance en octobre 2004. Elle va tout faire pour que son poste soit pérennisé. En attendant, les dépenses se limitent au strict minimum pour elle et pour les enfants.

Michael, 24 ans, montre, sur la photo, un visage de gars gentil, presque souriant. Depuis un mois, sorti de prison, il est à la rue. Auparavant, il travaillait dans un cirque. Il paye un passé de gamin voyou à Tours et une rupture douloureuse avec une petite amie. Il n'a plus de logement. On lui vole ses papiers. Il trouve refuge dans le centre d'hébergement de La Mie de Pain, dans le 13ème arrondissement de Paris. Il se retrouve à la rue faute de carte d'identité. Couvreur de formation, il devrait retrouver du travail dans le batiment. Rapidement, car s'il tarde trop, il va s'enfoncer davantage.

Alida, 56 ans, sans emploi depuis 6 ans. Elle (sur)vit avec son fils de 26 ans, chômeur, dans un quartier populaire d'Alès. " La première année de RMI, je n'osais plus parler aux gens, j'avais honte, je ne voyais plus personne, j'avais le sentiment de ne servir à rien. " Elle adhère au collectif d'action contre le chômage et la précarité d'Alès et des Cévennes. 2000 adhérents. Bataille pour la prime de Noël, le transport gratuit, contre les coupures d'électricité. Dans le département du Gard, l'un des plus pauvres de France, des milliers de foyers sont privés d'électricité chaque année. " Vous entrez dans des taudis, vous voyez des gosses qui font leur devoir avec une bougie. C'est insupportable. " racontent Lucien et Marcel, animateurs du collectif.

Paolino, 38 ans, sans-papiers d'origine angolaise. Son français est impeccable mais il est peu bavard. Sans papier, sans ressources, sans abri. Il a fui l'Angola en 2002 pour des raisons politiques. Demande d'asile, refusée. " Ce n'est pas logique de vivre dans la rue et donc pas facile. " Ses journées, il les passe entre une bibliothèque universitaire et un jardin public. En Angola, il a fait de longues études de physique et de mathématiques à l'Université. " Si la France m'accepte, je veux faire ma vie ici. J'ai envie de m'en sortir, mais il n'y a pas vraiment de solutions. " Il s'attendait à un meilleur accueil de la part d'un pays réputé pour ses valeurs universelles et progressistes.

Juan, 30 ans, ouvrier agricole andalou. Après six saisons d'exploitation forcenée sur un domaine agricole de Dordogne, Jean et Cressencia, sa jeune épouse prennent contact avec deux militants cégétistes à la suite d'un accident du travail. Ils découvrent le scandale de leurs conditions d'hébergement et d'emploi. Ne connaissant pas leurs droits en France, ils étaient embauchés sans contrat signé, de mi-janvier à mi-novembre et payés 7000 euros chacun pour 3100 heures de travail. L'action syndicale leur a permis de trouver un autre employeur, d'être correctement logés et de recevoir des arriérés de salaire de 24000 et 22500 euros de leur ancien patron.

Paulette, 68 ans, agricultrice retraitée. Elle reçoit 433 enros par mois. " J'ai mascagné toute ma vie pour être encore et toujours obligée aujourd'hui de me restreindre. " Heureusement, il y a le petit jardin qu'elle cultive derrière la maison. Elle est intarissable si on lui demande de témoigner de la dureté d'une vie de femme à la campagne. Coups de main quotidiens aux parents dès l'âge de 10 ans. Puis les gosses à élever en travaillant dans la maison, en s'occupant du jardin, du bétail, en aidant le mari dans les champs. Maladie de l'époux, veuve à 54 ans. La mère invalide, grabataire, dont Paulette va s'occuper pendant 8 ans... Quand elle dépose son dossier de retraite, on lui dit qu'il aurait mieux valu qu'elle travaille un peu plus en étant déclarée. Elle n'en décolère pas.

Pascal, 39 ans, animateur socio-éducatif. " Regardons les choses en face, c'est au paquet de précaires dont je fais partie que la société demande de s'occuper des gens en difficulté pour la plupart déjà en précarité. " Avec un diplôme d'études approfondi (DEA) il doit renoncer à préparer une thèse, n'ayant pas accès à une bourse. Aux difficultés sociales qu'impose l'insécurité de l'emploi, vient se greffer un doute profond, sur soi, sur les valeurs, sur la société.. Démoralisante cette réponse assénée lors des parcours administratifs du combattant précaire : vous êtes tous des cas compliqués.

Patrick, postier précaire. Enchaînant les contrats à durée déterminée (CDD) depuis plus de trois ans, il en connait un bout sur la précarité. " Heureusement que j'habite chez ma mère, sinon, avec ma paie, je ne vois pas très bien comment je ferais ". Cette très grande précarité à la poste est la contrepartie des opérations que l'établissement public mène sur les marchés financiers.. Cette politique aventureuse coûte très cher, l'emploi paie la note.

Erwan, 21 ans, chômeur.sans droit aux indemnités, trop jeune pour toucher le RMI. Le chômage l'exclut de toute vie sociale. Tout juste une carte de Sécu. Erwin vit sous le toit familial en gérant les quelques sous que lui a permis de gagner un petit job d'été. Erwin cherche mais ne trouve pas d'emploi. " J'ai envoyé des tas de CV à des entreprises. Toutes les réponses ont été négatives. Souvent même, je n'en ai pas reçu. C'est humiliant. Cela donne le sentiment de ne pas exister. " Il s'engage dans l'action militante. " Militer m'a partiellement redonné le statut social que la précarité m'a volé. "

Sylvie, 37 ans, chômeuse, mère de deux enfants. Le chômage, elle le connait par les deux bouts. Pendant cinq ans, elle a travaillé comme consultante dans un cabinet d'" outplacement " pour aider les salariés licenciés économiques à retrouver un emploi ." Je me sentais proche d'eux. Mon père était mineur de fond dans le Nord où j'ai fait mes études. " En décembre 2001, elle se retrouve de l'autre côté du miroir, licenciée pour motif économique. Au début, pas de panique. Elle doit toucher une indemnité de 1200 euros jusqu'en juin 2004. " Mon ami a un boulot précaire dans la restauration. On a commencé à travailler sur un projet d'entreprise." Mais cet été, elle reçoit une lettre des ASSEDIC. Avec la nouvelle réglementation elle perd six mois d'indemnisation. En décembre elle basculera dans l'ASS à 400 euros par mois. Le saut dans le vide. " Les enfants sont au courant, ça leur fait très peur."

  

23 novembre 2003. La pensée unique en bouillie.

En France, avant les grandes grèves et manifestations de décembre 1995, la pensée unique néolibérale se voulait message universel et le cours de l'histoire devait se confondre avec le cours de la Bourse.

En huit ans, un renversement s'est opéré dans une large partie de l'opinion et l'alter mondialisme est apparu comme un contrepoison au vertige libéral. Sa plus récente manifestation importante, le forum social européen de Saint-Denis est un succès.

En même temps les militants ressentent un sentiment d'impuissance face à l'engagement délibéré ou résigné des politiques dans la marchandisation accélérée du monde. On a sans doute tendance à sous-estimer l'ampleur de la résistance des citoyens car elle s'exprime de manière dispersée.

Dans le hall très animé du CRDP de Grenoble, le 22 novembre, avant la conférence de M. Viveret, on pouvait physiquement ressentir ce foisonnement d'initiatives anti-libérales par la présence d'équipes diverses proposant des produits et des documents. Dans un coin, un groupe de jeunes présentait des petites brochures d'une vingtaine de pages, attrayantes d'aspect, encore plus plaisantes à lire :

" Imaginons que je sois un criminel dont les revenus avoisinent les 7 500 euros d'argent liquide par mois. Que puis-je faire ? "

La brochure "COMMENT BLANCHIR L'ARGENT SALE" vous guidera pas à pas. Le "TOTALITARISME JOYEUX" traite de la publicité, "SOMMES-NOUS EN DEMOCRATIE ?" pose une question pertinente. J'arrête l'énumération en exprimant une conviction : la multiplication de ces supports inventifs d'une pensée civique tonique met la pensée unique en bouillie.

( Mon seul lien avec le " collectif des lut Tins " - ainsi se dénomment les créateurs de ces brochures - est une adresse de mail : avecnous@no-log.org)

 

22 novembre 2003. Un coup de projecteur sur l'absurde.

D'après les experts de la Banque mondiale, il faudrait 50 milliards de dollars par an pour libérer l'humanité de la famine, du manque d'eau et de la détresse sanitaire.

Dans le cadre du forum grenoblois de la solidarité internationale, ce chiffre était donné aujourd'hui par un conférencier de grand talent, M. Patrick Viveret, conseiller référendaire à la Cour des comptes, auteur d'un rapport officiel intitulé "Reconsidérer la richesse".

Et, pour nous fixer les idées, il ajoutait que 500 milliards de dollars sont dépensés en publicité chaque année dans le monde.

 

16 novembre 2003. Complément scientifique à "un débat vieux comme le monde".

Quelques lecteurs du petit conte "un débat vieux comme le monde" ont demandé des informations sur le contenu scientifique du texte. Ces informations font l'objet d'une documentation annexée portant sur des sujets d'actualité.

 

11 novembre 2003. Souvenir de famille. Fort de Douaumont, janvier 1917.

 

" Sur mon épaule un chat boche qui aime fort le singe. Nous avons tous une mine de déterrés ! Dehors il fait 23 degrés au dessous de zéro."

 

L'horreur de la guerre de 1914-1918 a été évoquée le 9 novembre sur FR3 à travers un documentaire consacré aux " Fusillés pour l'exemple ". Vingt ans après l'armistice du 11 novembre 1918 débutait l'horreur d'une nouvelle guerre au coeur de l'Europe.

Les six petits-enfants du soldat au chat de la photo font partie de la première génération qui n'a jamais connu la guerre en France : depuis soixante ans notre pays est en paix avec ses voisins, avec ses ex-colonies depuis quarante ans. On peut s'en réjouir et souhaiter que faire la guerre se conjugue au passé.

Mais la guerre, la maladie, la famine ne sont pas maitrisées dans le monde. En France même, pour justifier les conséquences des concentrations capitalistes et de la course au profit, on parle avec complaisance de guerre, de guerre économique. Moins sanglante, elle ne tue pas mais elle meurtrit des millions d'hommes.

 

5 novembre 2003. Vivre ou ne pas vivre !

La France est capable de mobiliser des moyens considérables pour sauver un malade, un malchanceux ou un imprudent en danger de mort. Cela lui donne le droit de contester l'euthanasie et ses risques de dérapage. Mais l'agitation médiatique autour de la mort (26 septembre) du jeune tétraplégique Vincent Humbert, drame qui aurait du rester intime, et, actuellement, à propos de la mise en examen de son médecin, le Docteur Chaussoy, dont la discrétion ne semble pas la vertu première, fait de l'euthanasie un spectacle indécent.

Les limites de l'acharnement thérapeutique sont généralement étudiées, en conscience, par l'équipe médicale et ne font pas l'objet de conférences de presse. L'exploitation publique tapageuse du désespoir d'un famille semble destinée à faire oublier d'autres problèmes de santé dans notre pays où, par temps de canicule, on climatise les supermarchés et non les maisons de retraite, et où le gouvernement et le patronat s'acharnent, sans justification thérapeutique, à détruire la sécurité sociale et à étendre la privatisation des services de santé afin d'en faire une source de profits pour les actionnaires fortunés en réservant les soins coûteux à ceux qui peuvent payer.

Et, en dehors des pays riches, les méditations sur l'euthanasie semblent surréalistes alors le problème de la majorité des êtres humains est d'arriver à vivre et à survivre. La rapacité des firmes pharmaceutiques, en particulier américaines, refusant l'extension des médicaments génériques aux populations malades et démunies, conduit à une forme d'euthanasie par défaut qui mérite un débat majeur.

Ce débat à eu lieu à Doha (nov. 2001) avec quelques progrès. Il a avorté à Cancun, lors de la 5ème conférence ministérielle de l'Organisation Mondiale du Commerce (10-14 sept. 2003), par suite du blocage des Etats Unis avec la complicité de notre inusable commissaire européen, Pascal Lamy. Le droit de propriété des brevets l'emporte sur le droit à la vie.

 

  2 novembre 2003. Le camp de la paix revigoré en Israël, JERUSALEM (AFP), le 02.11.03.

Cette dépêche AFP du dimanche 2 novembre 2003 mérite d'être largement citée pour redonner espoir aux partisans de la paix au Moyen-Orient et confiance aux véritables amis des peuples israélien et palestinien.

 

Le camp de la paix en Israël est sorti un peu revigoré par l'ampleur du rassemblement samedi soir à Tel-Aviv pour le huitième anniversaire de l'assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin et par la dimension très politique qu'a prise cette commémoration.Plus de 100.000 manifestants se sont retrouvés sur la place qui porte le nom de l'un des architectes de l'accord d'Oslo et Prix Nobel de la Paix abattu le 4 novembre 1995 par un extrémiste de droite juif, pour affirmer leur volonté de continuer dans la voie de la paix.

"C'est le plus grand rassemblement de ce type depuis cinq ans", a constaté dimanche à la radio militaire, la fille du défunt chef de gouvernement, Dalia Rabin-Philosof, qui avait proclamé à la tribune la nécessité de "reprendre le flambeau" de son père. "Je veux croire qu'il y a là un réveil du camp de la paix, car il est évident que la situation en Israël devient de plus en plus insupportable", a-t-elle ajouté.

"Ce qui compte dans ce rassemblement ce n'est pas tant qu'il y ait eu plus de monde que les années précédentes, mais la force de la protestation" qui s'y est manifestée, a déclaré une des figures de proue de l'opposition de gauche, le député Yossi Sarid du parti Meretz. "Ce qui s'est exprimé est un mélange d'espoir et de désespoir, un sentiment de ras-le-bol face à la crise en Israël qui affecte tous les aspects de la vie", a souligné le député.

De nombreuses pancartes ont été brandies avec des slogans de soutien à "l'initiative de Genève", le plan de paix non officiel élaboré par des personnalités palestiniennes et israéliennes et catégoriquement rejeté par le gouvernement de droite d'Ariel Sharon. Toutefois, à la tribune, les orateurs n'ont pas évoqué cette initiative, lancée en Israël par un ancien dirigeant travailliste, Yossi Beilin, en froid avec le parti de Yitzhak Rabin. A la tribune, le chef du parti travailliste Shimon Peres avait appelé Israël à négocier sans plus tarder avec le Premier ministre palestinien Ahmad Qoreï (Abou Alaa) auquel il a rendu un vibrant hommage. "Bien entendu, c'est un patriote palestinien et non un patriote israélien, mais dans l'intérêt de son peuple il est opposé au terrorisme. Nous avons en lui un véritable partenaire", a ajouté M. Peres, rappelant que le nouveau Premier ministre palestinien avait été l'un des architectes des accord d'Oslo.

Les manifestants avaient répondu à des appels du parti travailliste, du parti de gauche Meretz et du mouvement La Paix Maintenant, opposé à l'occupation des territoires palestiniens.

L'actualité n'est donc pas toujours décourageante !

 

1er novembre 2003. Métamorphose de la démocratie.

Découragé par l'actualité répétitive dans l'absurde et confortablement assis devant son ordinateur personnel, compagnon fantasque d'une vie aisée, le chroniqueur peut se réfugier en Utopie, étymologiquement pays du nulle part , " où un gouvernement idéal règne sur un peuple heureux " (petit Robert), et rêver de démocratie.

La démocratie, primitivement conçue comme un chemin vers Utopie, subit actuellement une métamorphose : démo-cratie n'associe plus deux termes, peuple et force, pour créer un concept, mais contracte deux mots, démagogie et ploutocratie, pour camoufler leur commune omniprésence.

L'absence du mot ploutocratie dans le vocabulaire contemporain est étrange. Dans la définition bien moderne qu'en donnait Ernest Renan (1823 - 1892), il s'applique fort bien au régime politique dominant : "J'appelle ploutocratie un état de société où la richesse est le nerf principal des choses."

Quant à la démagogie, elle utilise les media contrôlés par la ploutocratie pour mener les citoyens transformés en troupeaux à l'abattoir de la pensée. A cet égard l'élection du gouvernator de la Californie, Arnold Schwarzeneger, est caricaturale : s'appuyant sur une fortune personnelle de plusieurs centaines de millions de dollars et sur sa célébrité d'acteur musclé et décervelant, il mène la campagne électorale tambour battant, sans programme politique, avec un budget record de 80 millions de dollars et bénéficie de l'aide - le hasard fait bien les choses - de Maria Schriver, journaliste de la NBC qui se trouve être son épouse.

 

26 octobre 2003. Critique de l'intolérance.

Eloge de la tolérance n'est pas un bon titre car il existe des situations et des comportement intolérables qui exigent une action immédiate, ou, si elle est impossible, une condamnation catégorique.

La conviction de détenir LA vérité conduit à l'intolérance, pas nécessairement à l'intolérable. Les intégrismes religieux et militaristes confondent souvent les deux termes mais il est d'autres croyances, pavées de bonnes intentions, qui se privent d'une écoute attentive par l'outrance de leurs certitudes.

Ainsi, l'énergie nucléaire est souvent l'objet d'un discours intolérant, déséquilibré entre le rejet de la partie visible de l'iceberg nucléaire dans son usage civil et la méconnaissance de sa partie militaire immergée. Un débat démocratique ouvert, urgent sur la maîtrise de l'énergie nucléaire, de ses nuisances et de ses dangers est ainsi bloqué, réduit à un dialogue de sourds entre pro et anti.

Dans le petit conte " un débat vieux comme le monde ", on trouvera une allégorie nucléaire qui se veut souriante au risque de scandaliser les ultra, pro et anti.

 

19 octobre 2003. TABOU.

Maurice Ulrich est un brillant journaliste politique. Son éditorial Tabou dans "L'Humanité" du 15 octobre dénonce avec un tel talent le "réformer lourd" de Sellières-Raffarin que je me contente de vous en proposer la lecture sur le site en y ajoutant seulement, ci-dessous, mon petit grain d'écoeurement.

Quand Raffarin n'est pas occupé à exécuter les directives du baron Seillières, fait-il preuve d'initiaitive personnelle originale ? La réponse est oui.

Il existe en France un réseau remarquable de documentation pédagogieque comportant 180 lieux d'accueil, 86 centres départementaux, 28 centres régionaux et un outil de production et de coordination nationale, le CNDP, centre national de documentation pédagogique dont le bâtiment principal se trouve à Paris, rue d'ULM, au coeur du quartier latin. Ce dispositif efficace et dynamique est donc largement décentralisé et bénéficie d'un solide point d'appui parisien.

M. Jean-Pierre Raffarin a trouvé le temps d'introduire une surprenante pagaille dans ce réseau en décidant de délocaliser le CNDP de la rue d'Ulm en province. Cela va coûter cher en crédits pour construire et équiper le futur Centre décentré, et surtout en compétences humaines : sur 450 personnes travaillant au CNDP une quinzaine ont accepté de partir ; quant aux autres, les fonctionnaires seront reclassés ici ou là, et les contractuels seraient recontractualisés au gré des possibilités.

Quelle est la véritable raison de ce projet absurde ?

Le lieu prévu de délocalisation est le Futuroscope de Chasseneuil-du-Poitou (Vienne), fief électoral du premier ministre.

 

11 octobre 2003. Chronique musicale.

 

Un jour, un président de société reçoit en cadeau un billet d'entrée pour une représentation de la Symphonie inachevée de Schubert. Il ne peut s'y rendre et passe donc l'invitation au responsable de l'étude des méthodes industrielles de sa société.  

Le lendemain matin, le président se voit remettre le rapport suivant :  

1. Les quatre joueurs de hautbois demeurent inactifs pendant des périodes considérables. Il convient donc de réduire leur nombre et de répartir leur travail sur l'ensemble de la symphonie, de manière à réduire les pointes d'inactivité.

 2. Les douze violons jouent tous des notes identiques. Cette duplication excessive ne semblant pas revêtir un caractère nécessaire, il serait bon de réduire de manière drastique l'effectif de cette section de l'orchestre. Si l'on doit véritablement produire un son de volume élevé, il serait possible de l'obtenir par le biais d'un amplificateur électronique.  

3. L'orchestre consacre un effort considérable à la production de triples croches. Il semble que cela constitue un raffinement excessif et il est recommandé d'arrondir toutes les notes à la double croche la plus proche. En procédant de la sorte, il devrait être possible d'utiliser des stagiaires et des opérateurs peu qualifiés.  

4. La répétition par les cors du passage déjà exécuté par les cordes ne présente aucune utilité véritable. Si tous les passages redondants de ce type étaient éliminés, il serait possible de réduire la durée du concert de deux heures à vingt minutes.  

NB : Il est évident que si Schubert avait prêté attention à ces remarques, il aurait été en mesure d'achever sa symphonie !

Extrait de la " Lettre d'information d'Opel " .Article paru dans l' " Humanité " du 7 octobre 2003.

  

1er octobre 2003. Chronique au repos jusqu'au 10 octobre.

Une trentaine d'heures de vol me donneront l'occasion de méditer sur l'avenir d'Air France - KLM et plus généralement sur le transformation des compagnies aériennes nationales en conglomérats privés.

L'actualité récente, pagaille ferroviaire anglaise, scandale permanent des bateaux-poubelles, grandes pannes d'électricité aux USA et en Italie, crise d'Alstom montrent que la course au profit à haut taux et à court terme du capital privé sacrifie l'investissement lourd à long terme ce qui fragilise les grandes entreprises d'intérêt public inscrites dans la durée.

L'intégrisme libéral n'a que faire des réalités qui contredisent le dogme et le couple Seillières - Raffarin continue à détruire les entreprises nationales qui ont impulsé, pendant des décennies, l'essor économique de la France.

 

1er octobre 2003. Les casques bleus citoyens.

Dans la chronique du printemps 2003, nous avons signalé une initiative sympathique valorisant l'ONU dans le cadre des manifestations contre la guerre en Irak. Le recours à l'ONU est de plus en plus justifié par les conséquences catastophiques du mépris de la légalité internationale par les USA et Israël. On consultera donc avec intérêt le site web www.lescasquesbleuscitoyens.com

 

28 septembre 2003. Grandeur et servitude militaire : le véritable héroïsme.

Des pilotes israéliens refusent des missions en territoire occupé

AFP, édition du jeudi 25 septembre 2003 .

Jérusalem - Vingt-cinq pilotes de l'armée de l'air israélienne ont déclaré refuser d'exécuter des missions dans les territoires palestiniens, a rapporté hier soir la radio publique israélienne.

Ces pilotes, de l'armée régulière et du cadre de réserve, ont récemment remis une pétition en ce sens au général Dan Haloutz, commandant en chef de l'armée de l'air israélienne, a ajouté la radio.

Ces pilotes affirment notamment qu'ils refusent "de continuer à porter atteinte à des civils innocents et refusent d'attaquer des zones à population dense", a rapporté la radio, citant un extrait de cette pétition.

C'est la première fois que des pilotes de l'armée de l'air israélienne signent une telle pétition.

Israël a récemment déclaré une guerre totale aux radicaux islamistes palestiniens et particulièrement ceux du Hamas et ses membres à tous les échelons, dans la foulée d'attentats meurtriers revendiqués par ce mouvement.

Les "meurtres ciblés" d'activistes et de responsables palestiniens causent souvent des victimes civiles. Ces opérations, dénoncées par la communauté internationale, sont généralement menées par l'armée de l'air au moyen d'hélicoptères de combat et, plus rarement, de chasseurs bombardiers.

Plusieurs de ces raids aériens ont été menés au coeur de la ville de Gaza. Le 22 juillet 2002, dans un raid visant un chef militaire du Hamas, un F-16 avait largué une bombe d'une tonne sur un immeuble, tuant 17 personnes, dont neuf enfants. Quelques mois plus tôt, le 25 janvier 2002, 52 officiers et soldats du cadre de réserve de l'armée de terre avaient annoncé qu'ils refuseraient dorénavant de servir dans les territoires palestiniens.

"Nous ne continuerons pas à nous battre au delà de la ligne verte [c'est-à-dire dans les territoires palestiniens] dans le but d'opprimer, d'expulser, d'affamer et d'humilier un peuple tout entier", avaient-ils écrit dans une pétition qui avait suscité une vive polémique en Israël. Leur pétition avait par la suite recueilli plusieurs centaines de signatures.

L'armée de l'air, considérée comme le fer de lance de Tsahal, était jusqu'ici restée à l'écart de ces mouvements.

Ceux qui se disent porte-parole de la communauté juive en France diffusent-ils ces informations pour combattre un antisémitisme naissant qu'ils dénoncent ? Certainement pas. Mais on peut entendre " une autre voix juive " dans un manifeste reproduit sur ce site en avril 2003.

 

25 septembre 2003. Pendant que Bush cherche à imposer Sa loi à l'ONU, ses compatriotes Craig et Cindy Corrie visitent les térritoires palestiniens.

Dans la chronique d'été, nous avons cité l'écrivain Naomi Klein qui comparait le sort de Jessica Lynch, très médiatisé, et celui de Rachel Corrie.

Jessica Lynch va vendre ses mémoires un million de dollars. Les parents de Rachel font un émouvant voyage de mémoire. La relation de ce voyage, en page Corrie, donne une image réconfortante des américains et des israéliens qui font honneur à leurs pays.

 

24 septembre 2003. Après la canicule, Alstom en réanimation.

L'été se termine sur une crise financière qui frappe un "joyau industriel" ruiné par la gestion capitaliste à court terme et hauts profits (voir, chroniques de l'été 2003).

Pour fêter l'automne, le gouvernement français offre 800 millions d'euros au groupe Alstom. Bonne nouvelle pour les travailleurs de la prestigieuse entreprise, riches de compétences dont leurs salaires rendent médiocrement compte. Bonne nouvelle pour les dirigeants du groupe, riches d'incompétence fastueusement rémunérée. Bonne nouvelles pour les actionnaires et les banques qui encaissent les profits et se défaussent des pertes sur l'état-providence dont il se gardent de contester, dans ce cas, la mission providentielle.

Quant au commissaire bruxellois, Mario Monti, il a obtenu ce que voulaient ses vrais patrons : un apport plus élevé que prévu (500 millions) du gouvernement français avec interdiction pour l'état d'assumer des responsabilités d'actionnaire : paye et tais-toi.

Pour aboutir à ce racket sans contrepartie, Mario Monti et Francis Mer ont joué une comédie bruyante qui s'inscrit bien dans la dérive mafieuse du capitalisme contemporain.

A cet égard, la lecture d'un dossier, UN COUPLE INFERNAL, CAPITALISME ET MAFIA, publié dans la revue "Marianne" (n° 333, 8 au 14 septembre 2003) est édifiante. Sous le titre " Le capitalisme est-il mafieux ? ", Bernard Maris pose une question :

Liberté d'initiative, esprit d'entreprise, conquête et partage des marchés, fort retour sur investissement, extrème productivité, maximisation du profit, sens du placement spéculatif, multiplication des franchises, emprise du capital financier, flexibilité, faible coup du travail ... la Mafia représente l'application la plus parfaite de la logique capitaliste appliquée à l'univers du crime. Mais l'inverse est-il vrai ?

En 10 pages solidement documentées, Bernard Maris apporte sa réponse à la question initiale : le capitalisme est-il mafieux ? C'est oui.

 

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