Chronique de l'hiver 2003-2004.

(conte de l'absurde au quotidien)

 

16 mars 2004, Du sang et des mensonges, bon anniversaire Monsieur Aznar.

Le 16 mars 2003, les trois joyeux boute en guerre des Açores annonçaient leur décision d'envahir l'Irak.

 

MADRID (AFP), le 16-03-2004

L'enquête sur les attentats de Madrid se concentre de plus en plus autour d'une filière marocaine, alors que le premier ministre José Maria Aznar est ouvertement accusé d'avoir personnellement tenté d'influencer les médias.

Le marocain Jamal Zougam, l'un des cinq suspects (trois marocains et deux indiens) interpellés samedi, était toujours interrogé mardi par les enquêteurs. Lié à la filière des intégristes marocains afghans, impliquée dans les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca (45 morts), il a été formellement reconnu sur une photo par un voyageur d'un des trains attaqués, selon la chaîne de radio Cadena Ser. Ce témoin se souvient de l'avoir vu appuyé contre une cloison d'un wagon. (...)

Alors que le pays se prépare à enterrer ses morts, le chef du gouvernement José Maria Aznar était de nouveau au banc des accusés mardi, pour avoir personnellement téléphoné aux directeurs de plusieurs journaux et insisté sur le fait que l'organisation séparatiste basque armée ETA était "sans aucun doute" l'auteur des d'attentats de Madrid.

Sur le site du quotidien barcelonais El Periodico, son directeur Antonio Franco affirme ainsi avoir reçu un premier appel jeudi à la mi-journée, après avoir participé à un programme de la radio nationale espagnole dans lequel il faisait part des doutes de sa rédaction sur la responsabilité de l'attaque terroriste : l'ETA ou al-Qaïda.

"Tu ne dois avoir aucun doute, c'est l'ETA" (organisation séparatiste basque)", lui a assuré selon lui M. Aznar, avant de faire un bref exposé sur les premiers élèments de l'enquête, les preuves et les antécédents, écrit Antonio Franco.

En attendant l'investiture par le congrès des députés du socialiste José Luis Rodriguez Zapatero , vainqueur des élections législatives de dimanche, et la nomination du nouveau gouvernement, l'exécutif de M. Aznar va continuer pendant environ un mois à diriger l'enquête sur le massacre du 11 mars. (...)

Mardi, un nouvelle personne est décédée, portant le bilan des attentats de Madrid à 201 victimes et 1500 blessés. Une manifestation était prévue mardi soir à Alcala de Henares, point de départ des trains attaqués dans la banlieue est de la capitale espagnole.

 

23 février 2004, Nouvel interlude de 10 jours.

 

6 février 2004, Reflexions d'un ordinateur branché.

Notre espace de communication, le net, est soumis à plusieurs offensives qui commencent à me taper sur le système d'exploitation. On peut les classer dans un ordre de légalité décroissante :

1. La loi sur l'économie numérique (LEN) adoptée par l'assemblée nationale le 8 janvier 2004 impose aux fournisseurs d'accès, sans aucun mandat juridique, de contrôler, de censurer et de sanctionner les sites qu'ils hébergent. S'ils laissent passer des documents jugés, a posteriori, illégaux par les tribunaux, ils sont passibles de poursuites.

2. Bien entendu les SPAMs (dénommés pourriels par les québecois), messages publicitaires envahissants qui polluent le réseau (transposition des publicités papier qui dévorent les forêts), ne sont pas menacés par la LEN, loi respectueuse des exigences du libéralisme.

L'invasion exaspérante des publicités crampon pourrait représenter, en 2004, les trois quarts du trafic mondial de courriel et entraîner des coûts économiques et sociaux évalués à une dizaine de milliards d'euros. La réglementation libérale se montre très timide devant ce fléau, peu dissociable de la toute puissante PUB.

3. Parfaitement illégaux, les virus continuent à prospérer, le dernier en date, Mydoom, ayant bénéficié d'un large écho informatico-médiatique. Au delà des questions sur la motivation personnelle des viromanes, farceurs débiles, détraqués vindicatifs ou racketteurs organisés, on pourrait comparer, le sang en moins, le sabotage informatique et le terrorisme tous deux partenaires et complices de la répression d'état sécuritaire, policière et militaire au service des intérêts commerciaux..

Sous prétexte de nous défendre contre les virus, Microsoft prépare une génération d'ordinateurs équipés, au coeur de la carte-mère, de Palladium, version informatique de l'implant cérébral robotisant l'espèce humaine dans les films noirs d'anticipation. Ici l'anticipation est pour demain au profit de Microsot et de ses clients commerciaux et politiques, voire maffieux.

Assez technique, le projet exige une lecture attentive. Le document de M. Chistophe Le Bars mesuré et précis - d'autant plus alarmant - peut être consulté à partir du lien Palladium.

Derrière le masque de Zorro, Bill Gates prend des allures de Big Brother.

 

4 février 2004, Réality show.

Hier soir, sous le regard douloureux de PPDA, Alain Juppé nous a tiré des larmes. Blessé jusqu'au fond du coeur par le jugement qui l'accable, il ne met pas en cause la justice. Oui il a volé un pain pour nourrir ses enfants.

Il a d'abord envisagé de se retirer du monde pour expier sa faute... mais il a pensé à ses enfants en quête de logements, à ses vieux parents, à ses compagnons, à son parrain de l'Elysée et surtout à la France à laquelle il a voué sa vie. Préssés par ses amis et par la grande famille de l'UMP, il a finalement décidé de continuer à se dévouer au bien public.

En même temps, derrière l'écran de télévision, une opération moins touchante se dessine : déconsidérer le tribunal de Nanterre pour préparer, en appel, la réhabilitation glorieuse du héros persécuté.

 

31 janvier 2004, Deux opinions sur Juppé : haute dignité d'un côté, basse complaisance de l'autre.

Alain Juppé, homme intelligent, ayant bénéficié d'un statut d'étudiant salarié dans deux grandes écoles nationales (Ecole Normale Supérieure et Ecole Nationale d'Administration) s'est engagé en politique aux côtes de Chirac. Adjoint aux finances de la mairie de Paris et secrétaire général du RPR, il a fait payer 7 permanents du RPR sur le budget de la ville.

Sur ces abus, bien identifiés (on sait qu'il y en a d'autres) voici l'opinion des juges du tribunal correctionnel de Nanterre :

AFP, 30/01 : "La nature des faits commis est insupportable au corps social comme contraire à la volonté générale exprimée par la loi" et "agissant ainsi, Alain Juppé a, alors qu'il était investi d'un mandat électif public, trompé la confiance du peuple souverain", écrivent les juges.

"M. Juppé dans la quête de moyens humains lui apparaissant nécessaires pour l'action du RPR a délibérément fait le choix d'un e certaine efficacité en recourant à des arrangements illégaux", ajoute le tribunal qui l'a condamné à 18 mois de prison avec sursis, entraînant son inéligibilité automatique.

"Les valeurs de la République et les valeurs du service public constituent le coeur de l'enseignement dispensé dans les grandes écoles de la République" et "Alain Juppé a précisément été formé dans celles-ci", notent encore les juges dans ces attendus.

Méprisant l'éthique politique, référence des juges, M. Raffarin défend sa caste polique dans un style balourd et papelard.

AFP, 30/01 18:56 : Jean-Pierre Raffarin s'est dit vendredi "surpris" par la condamnation d'Alain Juppé, en affirmant qu'elle était "provisoire" et que le "service de la France" avait besoin de lui, dans une déclaration devant la presse à l'Hôtel Matignon. 

"Je suis surpris par la décision du tribunal de Nanterre. Mais cette décision est provisoire. La justice se prononcera définitivement après appel dans quelques mois", a déclaré M. Raffarin. 

"Aujourd'hui, je veux dire avec force, avec conviction et avec sincérité que le service de la France et des Français a besoin d'Alain Juppé", a-t-il poursuivi. 

"Au-delà de ceux qui ont pour lui respect ou affection, une large majorité de Français savent qu'Alain Juppé est un homme d'Etat, est un homme d'honneur", a-t-il ajouté. 

  

27 janvier 2004, Pour comprendre la dérive des Etas-Unis.

 "Après l'Empire" d'Emmanuel Todd (essai sur la décomposition du système américain) a été publié au début du mois de septembre 2002. Une brève analyse de ce livre a été faite dans la chronique du printemps 2003 à la date du 10 avril. Les chroniques de 2002 permettent de la resituer dans le contexte politique de sa première parution.

"Après l'Empire" est réédité en 2004 dans la collection Folio de Gallimard ce qui rend le livre moins coûteux bien qu'enrichi d'une postface de l'auteur qui souligne la validation, par les faits, de ses analyses et de ses prédictions. On peut vérifier, en lisant ou en relisant cet ouvrage, qu'il s'agit d'un essai bien transformé et concluant..

 

25 janvier 2004, Au sortir de l'interlude, un petit récit reçu par mail :

 Un avocat de la ville de Charlotte (Caroline du Nord) avait acheté une boîte de 24 cigares très rares et très chers et les avait ensuite assurés contre le feu entre autres.

Dans le mois qui suivit, ayant consommé son entière réserve de cigares, l'avocat envoya une réclamation à sa compagnie d'assurance. Dans sa réclamation, il indiqua que les cigares avaient été perdus "dans une série de petits incendies". La compagnie d'assurance refusa de payer pour la raison évidente que son client avait consommé les cigares de façon normale.

L'avocat intenta un procès ... et le gagna. En rendant son verdict le juge fut d'accord avec la compagnie d'assurance pour reconnaitre que la réclamation était farfelue. Il indiqua cependant que l'avocat détenait une police de la compagnie qui garantissait que les cigares étaient assurés et que ces derniers étaient absolument protégés contre le feu sans définir ce qui constituait un incendie "acceptable". Le juge déclara donc que la compagnie avait l'obligation de rembourser l'avocat.

Au lieu d'avoir à endurer des procédures d'appel longues et coûteuses, la compagnie d'assurance accepta le jugement et paya donc 15 000 dollars à l'avocat pour la perte de ses précieux cigares dûe aux regrettables "incendies".

Une fois que l'avocat eut encaissé le chèque, la compagnie d'assurance le fit arrêter pour 24 chefs d'accusation d'INCENDIES CRIMINELS. Avec sa propre réclamation d'assurance et son témoignage au procès utilisés contre lui, l'avocat fut accusé d'avoir volontairement incendié une propriété assurée afin de toucher le montant de l'assurance. Il fut condamné à 24 mois de prison ainsi qu'à une amende de 24 000 dollars.

Cette histoire est présentée comme vraie ayant mérité la première place aux derniers Criminal Lawyers Award Contest.

 

9 janvier 2004, Interlude.

Chroniqueur en panne depuis quelques jours et coupé de sa plume d'oie électronique pendant les jours prochains.

Ajoutons seulement à la sagesse des papillottes (24 décembre), cette réflexion mathématique de Pierre DAC :

" Un carré est un rectangle qui a réussi et un cercle qui a mal tourné ".

 

1er janvier 2004, Meilleurs voeux pour 2004.

Il est un peu déprimant de constater que nos voeux pour 2002 sont toujours d'actualité comme on peut le constater en cliquant sur le lien.

 

31 décembre 2003, La voracité des crocodiles.

A cette date les chroniqueurs sérieux font le bilan de l'année écoulée et présentent le budget de l'année à venir. Ce vocabulaire, bien adapté à une vue "libéraliste" des affaires humaines, renvoie aux sources du mot budget : de l'ancien français bougette, petite bourse, il s'introduit en anglais en 1764 avec l'orthographe actuelle pour désigner le sac du trésorier. Tout naturellement vient à l'esprit la mise à sac de Parmalat par M. Calisto Tanzi, fondateur, ex-patron et flasificateur des comptes de l'entreprise.

 

Sur le site de Radio-Canada le samedi 27 décembre 2003 à 19 h 19.

Le fondateur de Parmalat, numéro un de l'agroalimentaire en Italie qui se trouve actuellement au centre d'un scandale financier, a été arrêté samedi à Milan, dans le nord de l'Italie. Calisto Tanzi, qui faisait l'objet d'une enquête depuis le 22 décembre mais avait été laissé en liberté, est soupçonné de "banqueroute frauduleuse". Il avait démissionné de ses fonctions le 15 décembre.Le groupe Parmalat, dont la faillite officielle a été prononcée samedi, a un trou d'au moins 11 milliards de dollars dans ses comptes, sur un chiffre d'affaires d'environ 12 milliards de dollars en 2002. Ce trou est cependant appelé à grossir dans les prochains jours, au fur et à mesure que l'enquête judiciaire progresse.

Rappel des faits .

La crise dans laquelle est plongé Parmalat a pour origine des manipulations comptables frauduleuses. Deux enquêtes ont été ouvertes par les parquets de Milan et de Parme sur plusieurs chefs d'accusation comme de faux bilans et escroquerie. Fausto Tonna, considéré par de nombreux observateurs comme l'artisan de la structure financière du groupe, aurait permis d'identifier un nouveau trou dans les comptes du groupe pour un montant de 4,75 milliards de dollars, qui s'ajoute aux 6,50 milliards de dollars disparus des comptes d'une filiale de Parmalat, la Bonlat Financing, basée aux îles Caïmans.La débâcle du groupe a été révélée après l'annonce par la Bank of America qu'un document censé prouver que Bonlat détenait 6,50 milliards de dollars était un faux. Parmalat, qui vend les marques de produits laitiers Lactantia, Astro, Béatrice et Black Diamond, est présente dans 30 pays, dont le Canada, avec près de 35 000 employés. Au Québec, elle possède six usines et emploie plus de 900 personnes.

On notera le rôle d'un paradis fiscal, les îles Caïmans. Il existe en Europe d'autres repaires de crocodiles bancaires (Luxembourg, Suisse, îles anglo-normandes, Monaco, Lichtenstein, etc ...) dont la commission de Bruxelles, si prompte à s'émouvoir des interventions d'état destinées à sauver une entreprise et les emplois de ses salariés, ne se soucie guère pas plus que les rédacteurs du projet de constitution européenne.

On notera également que M. Silvio Berlusconi a fait voter, il y a deux ans, une loi ayant pour objet de dépénaliser la falsification de bilan. M. Calisto Tanzi peut s'en frotter les mains.

  

30 décembre 2003, Solidarité.

Devant une catastrophe naturelle, le séisme de Bam en Iran, l'humanité est capable de mobiliser ses compétences et ses ressources. Mais elle en est incapable pour faire face aux désastres de ses propres tremblements de guerre économiques et armés.

 

24 décembre 2003, Un refuge de la sagesse.

En oubliant pour un temps la déraison quotidienne, on peut rechercher sous la brillante enveloppe des papillottes qui accompagnent les fêtes de fin d'année, quelques sages reflexions.

Si l'on veut gagner sa vie, il suffit de travailler. Si l'on veut devenir riche, il faut trouver autre chose (Alphonse Karr).

Un brave général ne se rend jamais, même à l'évidence (Jean Cocteau).

Tout le monde savait que c'était impossible. Il est venu un imbécile qui ne le savait pas et qui l'a fait (Marcel Pagnol).

Je n'aime lire que ce que je ne comprend pas. Ne comprenant pas, je peux imaginer de multiples interprétations (Dali).

N'écoutant que son courage qui ne lui disait rien, il se garda d'intervenir (Jules Renard).

Si la matière grise était rose, personne n'aurait plus d'idées noires (Pierre Dac).

Il vaut mieux gâcher sa jeunesse que de n'en rien faire du tout (Courteline).

pour teminer cette petite sélection qui suppose la consommation d'au moins 8 papillotes, un conseil d'actualité attribué à Jean Commerson :

C'est toujours par la faim que commence un bon repas.

 

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