Chronique du printemps 2004.

(conte de l'absurde au quotidien)

 

17 juin 2004, Le courage politique au plus haut niveau.

Quand une personnalité en vue d'un parti important, maire d'une petite commune, prend des risques personnels inouis en mariant un couple d'homosexuels le 5 juin 2004, date qui restera gravée dans l'histoire du bricolage politicien, tout le reste de l'actualité s'efface.

Certes on peut penser que la gauche française a besoin de rassembler ses forces pour lutter contre la destruction du patrimoine économique culturel et social de la France. On peut penser que les peuples du monde doivent d'urgence faire face au délire marchand du capitalisme ultra-libéral et au terrorisme impérial et colonial de Bush et Sharon, complices du terrorisme se réclamant de l'Islam. On peut penser que l'Europe mérite mieux que des élections baclées et une constitution sans âme ayant pour but de marchandiser à tout va la nature et les hommes.

Mais, à penser ainsi, on relègue le fameux mariage au rang des faits-divers mineurs : on est donc homophobe.

Puisque M. Noël Mamère, maire de Bègles et candidat des Verts aux élections présidentielles de 2002, a décidé que la priorité écologique du moment, en France, est le droit au mariage des homosexuels en dépit de la légalité qui leur ouvre la PACS, toute critique de droite est oppression, et de gauche homophobie honteuse.

Dans un flot de stupidités démagogiques traitant de ce sujet incontournable en mai-juin 2004, un article sensible et réfléchi de M. Yves Quiniou a été publié dans l'Humanité du 25 mai que l'on peut atteindre par ce lien : http://www.humanite.fr/journal/2004-05-25/2004-05-25-394321

Sur notre site, on peut lire un petit conte anticipateur : Claude et Dominique.

 

 juin 2004, Cueilli dans un bouquet de Fleurs du Mail.

Egaré dans le dépotoir des mails à pub, des mails à virus et des mails à gogos, un petit mail plaisant :

En informatique, les Anglo-saxons sont très forts sur la terminologie du "ware". Ils ont invente le shareware, le software, le freeware, le hardware, etc... .

Et les Belges eux ? Sont-ils moins créatifs ? Pas du tout ! lls sont même très fiers d'exposer la gamme de leurs programmes.

Ainsi, comment dit-on en langage belge :

un ensemble d'écran de veille ? un dortware

un logiciel d'antivirus ? un mouchware

un logiciel de classement ? un tirware

un logiciel de copie ? un mirware

un logiciel de merde ? un suppositware .

un logiciel de nettoyage du disque dur ? une baignware

un logiciel de préparation de discours ? un oratware

un logiciel de vote électronique ? un isolware

un logiciel filtrant de compression de données ? un entonware

un logiciel pour documents en attente ? un purgatware

un logiciel très complique ? un assomware

un réseau local d'une entreprise ? un coulware

un serveur réseau ? un abreuware

une poubelle Windows ? un depotware

une réunion des responsables informatiques ? un tupperware

une salle informatique non climatisée ? une rotissware

Et enfin, le plus important dans la conjoncture actuelle, un logiciel de demande d'augmentation de salaire ? un vatfaireware

Allez... oreware !!

 

22 mai 2004, Palme d'or du Festival de Cannes.

Avant Fahrenheit 9/11 les films de Michel Moore brillaient plus par l'entrain polémique que par les qualités artistiques. Sans doute son dernier livre " Tous aux abris " met en évidence ses talents de scénariste mais la Palme d'Or récompense une oeuvre cinématographique et non un pamphlet. L'explication du succès triomphal du film à Cannes doit être recherchée avant tout dans la remarquable performance de l'acteur principal Georges Ubush Ubush. Il n'est pas nécessaire d'avoir vu le film pour savoir que ce comédien, vedette de nombreus shows télévisés, mériterait le grand prix d'interprétation masculine pour ses étonnants rôles de composition : menteur cynique, bafouilleur impassible, gourou illuminé ou conquérant planqué en battle dress.

Un grand bravo à Michael Moore et à son acteur fétiche.

 

10 mai 2004, Histoire de l'enfant qui devait reconstruire le monde.

De M. Michel Collon via internet ( (Mai 2004).

Au cours d'une conférence sur le thème "Le terrorisme économique tue bien davantage que les guerres", l'écrivain argentin Adolfo Perez Esquivel (prix Nobel de la Paix 1980) raconte cette histoire délicieuse que lui avait confiée son ami Gabriel Garcia Marquez, autre grand écrivain progressiste :

Un petit garçon de 8 ans. Son père, un scientifique, cherche à résoudre les problèmes de l'humanité. Le petit entre, lui tire la manche et lui dit : "Papa, je veux t'aider!" Son père le renvoie : "Non, mon fils, j'ai beaucoup de travail." Mais le petit insiste. Il y a là une revue avec une carte du monde. Alors, le père prend la carte. Avec des ciseaux il la découpe en tout petits morceaux qu'il lui remet avec de la colle : "Voilà, essaie de reconstruire le monde." Croyant occuper ainsi son fils pour une dizaine de jours. Mais après deux heures, le fils a résolu le problème. "Comment as-tu pu faire cela ?" "Eh bien, Papa, j'ai vu que l'autre côté de la carte, il y avait la figure d'un homme. Le monde, je ne le connais pas. mais l'homme, si. Alors, j'ai retourné tous les petits papiers. Et j'ai d'abord reconstruit l'homme. Puis, j'ai retourné le papier, j'avais reconstruit le monde aussi."

 

1 mai 2004, Un brin de muguet des medias.

Depuis le 28 avril, l'enquête du juge d'Juy sur la gestion de la caisse centrale des activités sociales d'EDF (CCAS) fait l'objet d'une campagne médiatique qui pose deux questions.

Une première question sur l'étendue des compétence des commentateurs de la presse, de la radio et de la télé qui sans aucune preuve puisque précisement le juge d'Huy étudie le dossier, font état, comme avérés, de soupçons qui portent sur des marchés truqués, des emplois fictifs, des aides à la CGT et au PCF (France-Soir). Dans le même journal, M. Jean Montaldo, grand pourfendeur de syndicats dénonce " le plus grand scandale financier de tous les temps", ce qui est assez offensant pour ENRON et PARMALAT pour ne prendre que deux exemples récents.

Une deuxième question porte sur le moment choisi pour gonfler une affaire basée sur les accusations d'ex-salariés de la CCAS alors qu'un grand débat d'intérêt national, voire mondial, est ouvert sur le changement de statut d'EDF et plus généralement sur la gestion privée de l'énergie. Notons aussi que la CGT est attaquée alors que son audience se renforce, en particulier à l'occasion de la défense des chômeurs privés de 6 mois d'indemnité.

Il sera interessant de se reporter, dans quelques semaines à ce petit texte, au moment où la justice s'exprimera sur la suite à donner au dossier. Il est très vraisemblable que la tapageuse baudruche se dégonflera. Mais il sera trop tard. Le public gardera le souvenir des grands titres des journaux et des insinuations venimeuses radio et télé diffusées.

 

30 avril 2004, Tous aux abris.

Dès la page de garde et de mise en garde du dernier (et meilleur ?) livre de Michael Moore, " Tous aux abris ", le ton est donné :

. . . Si vous avez fait l'acquisiton de ce livre, nous sommes tenus de vous informer, en vertu de la section 29 A du USA Patriot Act, que votre nom apparaît désormais dans une banque de données d'individus potentiellement suspects au cas où l'état d'urgence devrait être déclaré, ce qui, bien entendu, n'arrivera jamais. Votre inscription sur cette liste vous qualifie automatiquement pour la Grande Loterie, dont les dix heureux gagnants se verront offrir une cuisine en Formica entièrement équipée avec les compliments de Kitchen Magic. Si vous êtes un authentique terroriste et que vous avez acheté ce livre dans une librairie dans l'epoir d'utiliser les informations qu'il contient, soyez bien conscient que nous savons déjà qui vous êtes. La page que vous êtes en train de parcourir en ce même instant est faite d'un papier ultra-sensible qui enregistre les empreintes digitales et les transmet automatiquement à notre quartier général de Kissimmee, en Floride. N'essayez même pas d'arracher cette page - c'est trop tard. N'essayez pas de vous enfuir, espèce d'agent stipendié de l'Axe du Mal, vous êtes cerné ! . . .

Il est assez difficile de chercher des citations dans le corps du livre : tout est à citer. Il vaut mieux, malgré les risques révélés par l'auteur, acheter le livre et entrer dans la Kitchen Magic de Michael Moore dont les placards sont bourrés d'une documentation rigoureusement contrôlée , souvent surprenante, par exemple :

Dans les jours qui ont suivi les attentats terroristes de New York et de Washington, l'Arabie Saoudite a supervisé l'évacuation d'urgence de vongt-quatre membres de la famille élargie d'Oussama Ben Laden hors du territoire des Etats-Unis.

L'ouvrage, édité aux Etats-Unis en 2003 , publié en 2004 par LA DECOUVERTE, est remarquablement traduit de l'américain par Marc Saint-Upéry.

 

12 avril 2004, Conte de fées. 

Il était une fois un prince laid et méchant qui se nommait Riquet. Un jour, au début du printemps, en se promenant tristement dans la campagne électorale, il rencontra une princesse de sang royal, belle et aimable, qui se promenait gaiement.

" Je sais " dit-il " que les fées vous ont dotée du pouvoir de rendre beau et aimable qui vous en prie. "

" Certes je le puis, mais que me baillerez-vous en échange ? "

" J'ai le don de rendre laide et méchante, à mon image, la personne de mon choix. "

La princesse réfléchit un moment et jugea que le marché, d'inspiration libérale, n'était pas équitable. Elle refusa.

" Je peux vous faire présent " proposa alors Riquet " de mon fief de Poitou-Charentes. "

On raconte que la princesse conquit le royaume de Poitou-Charentes sans l'aide du prince Riquet qui resta, comme devant, laid et méchant.

 

5 avril 2004, Qui est le vrai patron de M. Raffarin ?

 

AFP, le 05-04-2004. A la différence du président Jacques Chirac qui avait délibérément donné une tonalité sociale, jeudi, à son intervention télévisée, le chef du gouvernement n'a en rien renié son credo libéral. Il a confirmé le futur changement du statut d'EDF-GDF, dossier social ultra-sensible, annoncé l'accélération des privatisations et suggéré la poursuite des baisses d'impôts et la nécessité de "récompenser le mérite".

 

Rappelons qu'à l'annonce de la composition du gouvernement Raffarin III, avant les commentaires du Président de la République, nous avons eu droit aux commentaires du président du MEDEF ( PARIS, AFP, le 01-04-2004 ) :

La nomination de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie, équivaut à l'arrivée d'"un Zidane aux Finances", a jugé le président du Mouvement des entreprises de France (Medef), Ernest-Antoine Seillière, interrogé jeudi sur RTL.

Le gouvernement "Raffarin III a mis en place une équipe avec quelques renvois aux vestiaires, avec quelques modifications de joueurs, et surtout avec un Zidane aux Finances ... C'est un peu le buteur, celui dont on attend qu'il mette beaucoup de points pour la croissance, avec son jus, avec son astuce, avec son dynamisme ... C'est quelque chose sur quoi, je crois, les 700.000 entrepreneurs que je représente ont de l'espoir ... On lui dit - vas-y mon gaillard ... montre nous que tu sais agir, entreprendre, entraîner, oser ... C'est un réaliste, il a envie de réformer l'Etat ... il a envie de rétablir, j'espère, l'équilibre des finances publiques", a estimé M. Seillère, ajoutant que le Medef "attend beaucoup" de Nicolas Sarkozy mais "aussi beaucoup de Raffarin".

L'un des vice-présidents du Medef est Guillaume Sarkozy, frère du nouveau ministre de l'Economie, mais "chacun est dans sa responsabilité", a jugé M. Seillière.

 

1er avril 2004, Le gouvernement du premier avril.

Deux surprises de der nière minute : le super ministère de l'économie, des finances et de l'industrie (complété par la lutte contre la précarité) est retiré à Nicolas Sarkozy et confié au baron Ernest-Antoine Seillière ; le ministère bidon de l'emploi, du travail et de la cohésion sociale proposé à Jean-Louis Borloo est finalement attribué à François Chérèque.

Ces deux informations surprenantes mais crédibles sont complétées par une dépêche AFP invraisemblable, même le premier avril : le nouveau premier ministre serait Jean-Pierre Raffarin !

 

28 mars 2004, Un claque, c'est bien. Une paire de claques, c'est mieux.

 

24 mars 2004, Elections régionales, Raffarin s'agite entre les deux tours.

La France réformée.

Avec une assurance belliqueuse, M. Raffarin défend la politique de réformes qu'il a menée et se félicite de sa clairvoyance et de son courage. Réformés les acquis sociaux, sécurité sociale et retraites, contrats de travail et indemnités de chômage, réformés les services publics, Télécom, EdF, SNCF, réformés la santé, la culture et la justice, les hôpitaux et les écoles, l'université et la recherche, le monde du spectacle.

De son côté le baron Seillière, patron du MEDEF et de Raffarin, supervise la réforme ultra-libérale de l'économie, la destruction des entreprises industrielles et des emplois productifs, le chantage au chômage et à la précarité, le transfert financier du salaire des travailleurs vers le portefeuille des rentiers, le développement de la spéculation et des paradis fiscaux.

La France réformée, dans le vocabulaire volontiers militaire de Raffarin et de Seillière (la guerre économique), c'est la France progressiste mise hors service avec ses traditions ouvrieres et le talent de ses ingénieurs, son "exception culturelle" et ses avancées sociales.

 

22 mars 2004, Une élection ne fait pas le printemps,

mais, comme une hirondelle, elle peut l'annoncer.

 

Pour illustrer l'espoir d'un renouveau politique, voici une photo d'hirondelle rustique accompagnée du charmant commentaire de l'auteur du site dont l'adresse figure ci-dessous.

 

 

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