Extrait de " Tradition et actualité médicales" (décembre 1997).

 

Le Mal des Meunières.

 

 

 

La maladie de Ménière est décrite, au moyen âge, sous le nom de "Mal des Meunières". D'origine diabolique, le mal est traité par les exorcistes. Les récits du temps racontent que les victimes se croient possédées par des moulins dont les ailes tournoient et les entraînent vers l'enfer. "Meunier", hurlent-elles dans leur délire, "tu dors, ton moulin, ton moulin va trop vite. Meunier, tu dors, ton moulin, ton moulin va trop fort." Meunier, démeunier, démonier, démon, la présence du Malin est évidente. Parfois l'exorciste parvient à chasser Satan. En cas d'échec, on envoie les récalcitrants au bûcher(1).

La compréhension de la maladie fait d'importants progrès au XIX ème siècle lorsqu'on rapproche le "Mal des Meunières" et le "Tournis des Mariniers", traditionnellement attribué à la violence du roulis et du tangage sur les voies fluviales. On observe que les manifestations de la maladie, vertiges accompagnés de nausées, ne se produisent pas seulement au voisinage des bistrots, mais aussi et surtout dans la traversée de certains canaux en forme de demi-cercle dont le liquide subit de malencontreuses différences de niveau au passage des écluses.

Le rôle vertigineux, ainsi reconnu, des variations de pression dans les canaux semi-circulaires oriente la recherche médicale actuelle vers une piste nouvelle, celle de l'observation des oreilles. On démontre que le Mal des Meunières, modernisé en maladie de Ménière, n'affecte pas les oreilles externes mais uniquement les oreilles internes. Désormais, on compte beaucoup sur l'application, à toutes les oreilles, du régime de la demi-pension pour éradiquer la maladie.

 

(1) Cette pratique est actuellement abandonnée.

 

André K. Berrand, decembre 1997

 

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