Ubush Empereur.

 

 

 

Il y a un siècle, régnait en Europe un despote grotesque et odieux, Ubu Roi. Entouré de ses Palotins serviles, maniant à tout va le croc à phynances et la pompe à merdre, jurant par sa chandelle verte et se parjurant, il ne rêvait que guerres avec la peau des autres, massacres et décervelages.

Ses débordements furent heureusement endigués par son père, Alfred Jarry (1873 - 1907), qui limita le cours de ses exploits aux éditions du Mercure de France, aux tréteaux des Pantins et au théâtre de l'0euvre.

Au début du 21ème siècle, la réalité, jalouse de la fiction, a placé à la tête des Etats et du Royaume Unis d'Atlantique, une version relookée du roi Ubu , l'empereur Ubush.

Sa légitimité douteuse lui donnant tous les droits, le président George double U Bush s'est autoproclamé empereur du monde. Ne tolérant des Palotins que l'approbation inconditionnelle, Ubush applique obstinément un adage latin qu'il a compris de travers : " Si vis bellum, para bellum ". Il a également extrait d'une culture sommaire de fêtard repenti, d'homme d'affaires foireuses et de chrétien dévoyé, une image allégorique de George le Bon terrassant un état voyou, à ce détail près que le dragon vomissant le feu, c'est aussi lui.

Ubush ignore ou ne veut pas savoir que, dans leurs excès, le Bien et le Mal se rejoignent : au nom du Mal, des avions pacifiques pilotées par des fous, s'écrasent à l'horizontale sur des entassements verticaux de malheureuses victimes ; au nom du Bien, des bombardiers pilotés par des sages, déversent à la verticale leurs messages de paix sur des populations horizontales épouvantées.

Alors, d'un siècle à l'autre, du tréteau des pantins au théâtre du monde, le Bien chasse le Mal, Ubush remplace Ubu.

Actuellement, nous assistons à la fin de l'acte II de Ubush Empereur où les Palotins flagornent et encouragent le Chef, paradant en battle dress : " Pars pour la Perse, pars pour la Perse, pars pour la Perse, pars, pars, pars… " , chantent-ils en choeur. Malgré les imprécations d'Ubush, rien n'est encore irréparable.

Pendant l'entracte, des millions de spectateurs de tous les pays s'indignent de l'impudence de ce reality show et, au cœur même de l'empire, une formidable opération terroriste se prépare. L'empereur a rebaptisé ses villes phare : Bushington, capitale des Etats Unis et New George, capitale du monde. New George sera frappé si l'acte III s'ouvre sur l'écrasement de la Perse, haut lieu historique de la civilisation humaine et vaste champ de pétrole. Mais la riposte vengeresse doit contourner deux obstacles : le Patriot Act qui dote la police ubushienne d'énormes pouvoirs d'inquisition, et la tentation du pire, illustrée par le drame des tours jumelles.

Les conjurés sont nombreux. Plusieurs milliers d'entre eux ont suivi, au grand jour, des formations spécialisées dans le bâtiment et les travaux publics. Les autres, par dizaines de milliers, ont acheté des sacs plastiques, des éponges, des rouleaux de papier, des balles de tennis et du ciment à prise rapide. Au jour J du déchaînement de l'ouragan de feu sur la Perse, appliquant un plan minutieusement réglé, la grande armée des pacifistes neutralise la quasi totalité des cabinets publics et privés à usage collectif pendant que les bataillons d'experts sabotent les évacuations d'immeubles et les égouts. S'élève alors au dessus de New George, symbole de l'Empire, une phantastique odeur de merdre.

André K. Berrand, 3 mars 2003.

 

Post scriptum : - 1. Pour lire Ubu Roi, vous pouvez utiliser le lien : http://hypo.ge-dip.etat-ge.ch/www/athena/jarry/jar_ubur.html - 2. Le latin perdant du terrain, voici l'adage original : " Si vis pacem, para bellum ", si tu veux la paix, prépare la guerre. - 3. Espérons que, dans un mois, on pourra relire ce petit texte sans grincer des dents.

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